© Survivance
  • Bienvenue à Madagascar

  • France
  • -
  • 2015
  • Réalisation : Franssou Prenant
  • Scénario : Franssou Prenant
  • Image : Franssou Prenant
  • Son : Franssou Prenant, Jérôme Ayasse, Myriam René
  • Montage : Franssou Prenant
  • Producteur(s) : Sophie de Hijes, Dominique Garing
  • Production : Survivance, Vie des Hauts Production
  • Distributeur : Survivance
  • Date de sortie : 15 mars 2017
  • Durée : 1h41
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Bienvenue à Madagascar

réalisé par Franssou Prenant

Le titre est piégé : il convient de décoder Bienvenue à Madagascar en quelque chose comme Retour à Alger. Le code : dans les années 2000, Françoise « Franssou » Prenant a vécu comme épouse de l’ambassadeur de l’ancienne colonie insulaire dans la capitale de l’ancienne colonie du Maghreb. Soit une manière de suggérer malicieusement à quel point ce travail documentaire (remarqué au festival Entrevues de Belfort 2015) lui est personnel – mais aussi d’attirer l’attention sur un des spectres qui hantent son film, commun aux deux pays : le spectre du joug colonial français.

Franssou Prenant est revenue filmer Alger, plusieurs fois, avec des caméras différentes, au gré de leur disponibilité et de ses déplacements. Elle a adjoint des bouts de films tournés en 1965 par son père, le géographe André Prenant, ainsi qu’autres images plus anciennes, du temps colonial ; les a montées en un kaléidoscope vagabond de scènes fragmentaires des palpitations algéroises. La progression du récit – en une chronique d’Alger des années 1950 à nos jours – est assurée par le son, lui aussi fragmentaire. Des extraits de témoignages enregistrés off (on ne verra jamais les intervenants) livrent leurs propres vérités sur les événements, les idées, la société, vérités multiples jusqu’à la confusion : sur les mêmes sujets, parfois, le montage sonore superpose des témoignages jusqu’à les rendre à peine audibles ; d’autres fois, une simple conversation animée résonne elle-même du chaos des idées. De temps en temps, la voix de la réalisatrice assure les transitions vers le chapitre suivant de la chronique et constitue pour son film une sorte de fine colonne vertébrale (l’appui de la recherche personnelle).

Encore ici et déjà ailleurs

L’évocation qui en résulte a une allure de fresque impressionniste : l’information transmise dans le contenu des images et des sons cède le pas à celle suggérée par la forme de la transmission. Ne pouvant se résoudre à adopter une ligne de discours unique sur son sujet, Franssou Prenant tâche d’embrasser le caractère mouvant et confus de nos perceptions du passé et du présent. Mais avec cette optique d’ouverture à une polyphonie risquant la cacophonie, comme chercher, derrière ces témoignages plus ou moins concordants, une vérité tangible d’Alger ? Le film donne plutôt à penser que Prenant s’est résolue, avec les moyens que lui laissent les conditions de tournage (y compris l’usage d’un passage fictionnel pour évoquer un parc prisé des amoureux), à rassembler les traces de fantômes. La fragmentation des régimes d’images (diversité des grains et des âges apparents), mais aussi des qualités de sons (certains témoignages, enregistrés en mono et semble-t-il avec une caméra Super-8, donnent presque l’impression de venir d’outre-tombe), tire la représentation vers l’abstraction en l’éclatant en un amoncellement de signes. Et les quelques figures récurrentes qu’on reconnaît dans ce collage (objets ballottés par le vent ; ombres en mouvement ; surcadrages à travers des portes, des fenêtres, des parapets ; …) apparaissent comme le suivi de la piste d’un objet de cinéma en fuite, distant, appartenant au présent comme au passé, encore ici et déjà ailleurs.