Chanda, une mère indienne
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Chanda, une mère indienne
    • Chanda, une mère indienne
    • (Nil Battey Sannata)
    • Inde
    •  - 
    • 2015
  • Réalisation : Ashwiny Iyer Tiwari
  • Scénario : Ashwiny Iyer Tiwari, Nitesh Tiwari, Neeraj Singh, Pranjal Choudhary
  • Image : Gavemic U. Ary
  • Décors : Laxmi Keluskar
  • Costumes : Sachin Lovalekar
  • Montage : Shekhar Prajapati
  • Musique : Naren Chandavarkar, Benedict Taylor
  • Producteur(s) : Anand L. Rai, Ajay G. Rai, Alan McAlex, Sanjay Shetty, Nitesh Tiwari
  • Production : Jar Pictures, Opticus Inc., Sandman Pictures
  • Interprétation : Swara Bhaskar (Chanda Sahay), Riya Shukla (Apeksha Shivala Sahay), Ratna Pathak (Dr Diwan), Pankaj Tripathi (Principal Srivastava), Neha Prajapati (Sweety), Sanjay Suri (le préfet)
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 4 janvier 2017
  • Durée : 1h36

Chanda, une mère indienne

Nil Battey Sannata

En racontant l’histoire de Chanda, une femme de ménage peu éduquée qui décide de reprendre le chemin de l’école afin que sa propre fille puisse prétendre à un meilleur avenir, on se doute bien que la réalisatrice indienne Ashwiny Iyer Tiwari souhaitait rappeler aux spectateurs l’importance de la scolarisation – notamment celles des femmes – au sein d’une société qui repose encore sur de profondes inégalités sociales. Pour autant, il serait impossible de qualifier Chanda, une mère indienne de film politique tant le propos du metteur en scène ne s’attache à aucun moment à décortiquer les rouages d’un système dont le fonctionnement contribue très largement à reproduire l’exclusion d’une grande partie de la population des fonctions les plus valorisantes. Ici, la question de la scolarisation – et les barrières qu’elle est supposée abattre – n’est abordée que par le prisme de la motivation, comme si l’ascension sociale n’était qu’une histoire de bonne volonté, faisant fi du déterminisme social, du racisme ou encore du profond machisme qui gangrènent la société indienne. Mais quoi de mieux qu’un simpliste « quand on veut, on peut » pour faire passer vite fait quelques vagues valeurs humanistes et un positivisme lénifiant auprès d’un public qui n’aurait pas envie de s’embarrasser des détails ? C’est à peu près à cette conception franchement méprisante de son spectateur que pourrait se résumer la démarche d’Ashwiny Iyer Tiwari, tant son film fait honteusement l’économie de la complexité de son sujet. En belle caricature de film world qu’il est, Chanda, une mère indienne préfère faire de son exotisme balisé son principal argument marketing : le dénuement de la mère et de sa fille reste tolérable (leur appartement est propre et coloré, elles mangent à leur faim et sont toujours parfaitement apprêtées) tandis que la bande-son nous gratifie tout du long d’une petite musique de circonstance qui donne au film des airs de circuit touristique.

La fable a bon dos

On pourra nous répondre que le parti-pris du film n’est justement jamais celui du réalisme social, le scénario ne cherchant à aucun moment à donner à ses personnages une profondeur psychologique qui les inscrirait trop précisément dans leur environnement et priverait le résultat de sa portée universelle. Mais pour entendre cet argument, encore faudrait-il que la mise en scène dépasse le stade de la plate illustration, ne se limitant pas à suivre paresseusement les aventures de ses personnages en les posant au centre de cadres interchangeables ou en figurant leur opposition par des choix de montage qui ne se limiteraient pas à des champs/contrechamps redondants. À mille lieues d’une œuvre comme Titli, une chronique indienne qui offrait un contrepoint cinématographique nuancé sur l’enfermement dont est victime une certaine jeunesse indienne écrasée par le poids des traditions, Chanda, une mère indienne ne sort jamais de sa zone de confort, limitant le destin des deux héroïnes à sa stricte portée symbolique, ignorant tout de la dure réalité du terrain. L’hommage rendu dans le carton final à la figure universelle de la mère (la délestant du coup de toutes les ambiguïtés qu’il aurait pourtant été intéressant d’exploiter, la fille mettant dans un court moment de lucidité sa génitrice face à l’instrumentalisation dont elle pourrait faire l’objet pour assouvir des rêves par procuration) questionne même sur les intentions réelles du réalisateur. En dépit de sa volonté manifeste de voir les femmes occuper des fonctions auxquelles elles n’ont que rarement accès, le film ne se dépare jamais de cette idée qu’elles sont et resteront éternellement des mères en devenir, comme si ce rôle leur offrait un pouvoir inédit en se soustrayant à la domination masculine. Le récit résout d’ailleurs cette épineuse question du rapport de force en sous-représentant les hommes et ne leur donnant presque jamais voix au chapitre. C’est bien connu : pour faire avancer une cause, rien de plus simple que de faire tout bonnement disparaître ses opposants. C’est à peu près à ce constat sans appel que se résume cette proposition tristement anecdotique.