Accueil > Actualité ciné > Critique > Chimpanzés mardi 19 février 2013

Critique Chimpanzés

Bambi en Afrique, par Olivia Cooper Hadjian

Chimpanzés

Chimpanzee

Après les flamants roses, les créatures marines et les lions, c’est au tour des chimpanzés de devenir personnages d’un film Disneynature. Tant en termes de dramatisation qu’en termes de qualité des images, le documentaire animalier à la sauce Disney est l’amplification de ce que l’on peut voir à la télévision le vendredi après-midi. Ici aussi, les animaux ont des prénoms et les traces de leurs agissements sont agencées et commentées de façon à former un récit continu. En revanche, l’histoire n’est pas n’importe laquelle, mais celle d’un tout jeune chimpanzé baptisé Oscar, grandissant auprès de sa mère jusqu’au jour où, suite à l’attaque d’une bande rivale, celle-ci disparaît, obligeant le jeune primate à survivre seul.

Il y a visiblement derrière Chimpanzés un savoir-faire considérable (Alastair Fothergill, qui co-réalise, a travaillé sur de grandes séries documentaires comme The Blue Planet avant de réaliser pour Disney) et un budget imposant. Résultat : la distance physique entre les animaux et le spectateur est abolie. Par on ne sait quelles techniques et stratégies – le générique de fin et ses images de making-of ne nous en donnent qu’un maigre aperçu – Chimpanzés parvient à nous placer au cœur de la tribu, exactement comme le ferait une fiction aux sujets humains.

Dommage que Disney ne se soit pas davantage reposé sur cette puissance des images, qui dépeignent avec éclat les corps des animaux et la jungle africaine. Craignant visiblement que les bambins ne s’ennuient, on les a gratifiés d’une parole qui a la tonalité des livres pour jeunes enfants. Débordant largement une fonction d’élucidation de l’action parfois utile – lors des scènes de bagarre notamment – le texte souffre d’un usage acharné de formules toutes faites, souvent plaquées de façon totalement artificielle sur les images. Suite à une bataille remportée par le clan d’Oscar, le narrateur commente : « l’unité a vaincu la force brute ». Et quand le mâle dominant de la bande aide le chimpanzé orphelin à survivre, il estime que « Freddie trouve en lui une tendresse qu’il avait dû cacher aux siens depuis toujours ». Sur ce point, Disney rate son pari. On aurait pu se laisser porter par les techniques de dramatisation que les réalisateurs mettent en place, mais le texte est l’artifice de trop, qui met en évidence tous les autres et gâche le plaisir de croire à l’histoire que l’on nous raconte.

L’attention tend alors à se déporter vers un autre aspect du film : sa fabrication, en tant que produit industriel n’ayant que peu à voir avec quelque démarche documentaire. On s’interroge sur son écriture. Si l’on n’est pas suffisamment naïf pour croire que le héros du film a « par chance » perdu sa mère puis été adopté par un singe mâle durant le tournage, on peut s’amuser à imaginer les différentes stratégies qui ont pu aboutir à la création de ce récit dramatique ; elles sont toutes plus cyniques les unes que les autres. L’équipe de tournage a-t-elle filmé différents bébés-singes jusqu’à ce qu’un événement dramatique ne survienne et détermine ainsi qui devrait être le personnage principal ? La mort de la mère n’est-elle produite que par le montage ? Ou Chimpanzés est-il une sorte de Truman Show animalier, la mère d’Oscar ayant été délibérément mise à l’écart afin que la vie de son enfant prenne un tour plus dramatique ? Une chose est sûre : les studios Disney possèdent encore une certaine expertise en matière de contrôle des émotions et l’agacement qu’inspire la voix off ne pèse finalement pas si lourd dans la balance. Réunissant les ingrédients nécessaires pour réveiller nos réflexes anthropocentristes, nous donnant quelques miettes informatives quant au mode de vie des chimpanzés, sans oublier de nous émouvoir par des images impressionnantes, Alastair Fothergill et Mark Linfield auront au moins su rendre les soixante-dix-sept minutes que dure Chimpanzés haletantes.

Annonces