Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Cœur régulier mardi 29 mars 2016

Critique Le Cœur régulier

© Version Originale / Condor

Le vol intérieur, par Anna Leysens

Le Cœur régulier

réalisé par Vanja d’Alcantara

Adapté du livre homonyme d’Olivier Adam et deuxième film de la réalisatrice belge Vanja d’Alcantara, Le Cœur régulier s’articule autour de deux territoires, la France et le Japon, comme points de départ et d’aboutissement du voyage physique et intérieur de son héroïne.

Quête et refuge

Morte intérieurement, Alice (Isabelle Carré) ne puise plus son bonheur dans le modèle de vie qu’elle s’est choisi. Cette triste existence, dont la réalisatrice a choisi de rendre compte à travers une mise en scène toute aussi morne, est bouleversée par le retour du frère rebelle (Niels Schneider). Revenu du Japon, il ne fait néanmoins qu’une apparition furtive, victime d’un accident de moto dans lequel il est tentant d’y voir un suicide. La mort du frère et la douleur provoquée par cette perte constituent l’événement déclencheur d’une crise, mais surtout le prétexte pour la réalisatrice, à l’exploration intérieure d’Alice. Partie au Japon sur les traces de l’homme qui avait sauvé son frère d’une précédente tentative de suicide, la jeune femme découvre finalement que la quête de compréhension se transforme en quête de soi. Dans ce lieu au bout du monde, qui a valeur de refuge, elle s’intègre à une petite communauté de vie et fait la rencontre de Daisuke, sauveur des aspirants au suicide qui se pressent au bord des falaises.

Silence émotionnel

Une fois que la caméra quitte la France, le cinéma de Vanja d’Alcantara abandonne quelque peu la mise en scène morne qu’il réservait à son premier territoire, visiblement plus inspiré par l’image d’un Japon empli de spiritualité et sensible à la poésie de l’ineffable. La réalisatrice privilégie alors l’épure, la retenue des émotions, l’absence de grandes actions et surtout une atmosphère paisible, afin de rendre compte des blessures de la protagoniste et de son éveil intérieur. Une simplicité heureuse mais dans laquelle les émotions ne réussissent pas à éclore. Car si la mise en scène se concentre sur les émotions sourdes, la simplicité des gestes et du quotidien, il manque ici une sensibilité dans l’observation de ces interactions humaines et de l’environnement dans lequel elles s’inscrivent pour transmettre une émotion.

Voyage à l’aveugle

La caméra peine ainsi à sonder la profondeur des blessures des personnages, réduits à ce que les dialogues – trop artificiels – veulent bien dire d’eux. Le cheminement intérieur d’Alice qui, d’une volonté de comprendre l’envie de mourir de son frère, l’a amenée à prendre conscience de son propre désir de mort, a beau être signifié, les étapes de cette progression ne sont à aucun moment données à voir, ni à ressentir. Ainsi Alice se retrouve-t-elle recueillie à son tour par Daisuke, après avoir (semble-t-il) pensé à se suicider, sans que l’on ne comprenne pourquoi. L’évolution intérieure qui la mène ensuite de ce désir de mort à son réveil à la vie, nous échappe de la même façon. La réalisatrice signifie clairement qu’une renaissance s’opère dans la quiétude de ce lieu où morts et vivants se côtoient, celle-ci s’effectuant à travers une série de rencontres qui la renvoient à sa propre peine et lui permettent de la dépasser. Mais ces interactions sans profondeur demeurent silencieuses. C’est d’autant plus gênant que ce cheminement intérieur de l’héroïne constitue le cœur du récit. Bien qu’échouant dans sa tentative, on saluera néanmoins le parti-pris de Vanja d’Alcantara de s’être tournée vers un cinéma sans emphase, sensible aux émotions qui affleurent dans le flot des rencontres et des gestes anodins.

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