Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Professeur de violon mardi 21 juin 2016

Critique Le Professeur de violon

Esprits rebelles, par Clément Graminiès

Le Professeur de violon

Tudo que Aprendemos Juntos

réalisé par Sérgio Machado

Laerte, un talentueux violoniste d’une trentaine d’années, échoue lors d’une audition décisive à cause d’un trac insurmontable. Pétri de frustration et de colère, il doit trouver d’autres moyens de subsister tout en cachant à sa famille qui a misé sur lui qu’il n’est pas à la hauteur de ses espérances. C’est alors qu’une de ses amies lui suggère d’aller donner des cours dans la plus grande favela de São Paulo. Fraîchement débarqué dans cet environnement qu’il ne connaît pas, le jeune homme veut imposer sa rigueur et son autorité. Bien évidemment, la prise de contact avec les jeunes défavorisés ne se passe comme prévu : insoumis, violents et en prise avec toutes sortes de trafics, ses élèves ne présentent pas tout à fait le profil idéal. Cousu de fil blanc, le scénario va tirer profit de cette confrontation explosive pour redéfinir les lignes (les favorisés d’un côté, les défavorisés de l’autre) et remettre en cause les déterminismes : le professeur inexpérimenté gagnera en souplesse et en humanité tandis que les jeunes de favelas découvriront le caractère majestueux de la musique classique. Autant dire que la simplicité du programme, ajouté au fait que les enjeux sociaux sont abordés avec une naïveté confondante, ne permet jamais au Joueur de violon d’être beaucoup plus qu’un petit produit calibré pour les festivals, l’export et la télévision. C’est dommage pour les acteurs (tous plutôt bons) et le réalisateur qui, en dépit de la lourdeur volontariste du programme, sait faire preuve d’une relative sobriété dans sa mise en scène.

Tiré d’une histoire vraie

Basé sur l’œuvre d’Antonio Ermirio de Moraes, le scénario (écrit à huit mains, tout de même) mise un peu trop sur le caractère édifiant de cette histoire inspirée de faits réels pour être honnête. On voit bien comment, en amenant les sonates de Bach dans l’environnement des favelas, le film cherche par tous les moyens à produire un petit miracle propre à émouvoir en moins d’1h40 les spectateurs, tout en s’abstenant de poser un vrai regard sur le contexte socio-économique du pays. La favela ressemble alors à un drôle terrain de jeu occupé par quelques jeunes qui vont, tour à tour, être caractérisés à l’aide de deux ou trois scènes-clés. Le déroulé est d’autant plus décevant que tous les ingrédients semblent ici mis au service d’une résolution des enjeux tellement prévisible qu’elle en devient agaçante. Même les quelques obstacles que les auteurs parsèment (la menace des gangs, la mort d’un des jeunes élèves) rappellent à quel point le projet ne parvient pas à s’affranchir d’un cahier des charges à l’objectif commercial trop visible. Comme s’il était embarrassé par la lourdeur démonstrative du scénario qu’on lui a mis entre les mains, le réalisateur contourne bien heureusement les effets de style putassiers. À juste distance des personnages, la caméra évite de se montrer trop insistante lorsqu’elle enregistre leur désarroi. Au montage, le film ose même quelques ellipses ou coupes lorsque le déroulé de la scène se fait trop attendu. Mais il est dommage que le projet n’ait pas envisagé en amont d’autres chemins de traverse. Cela nous aurait évité un résultat aussi balisé, incapable de diffuser le charme auquel aurait pu se prêter cette histoire.

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