• Le Vertige des possibles

  • France
  • -
  • 2012
  • Réalisation : Vivianne Perelmuter
  • Image : Vivianne Perelmuter
  • Son : Isabelle Ingold
  • Montage : Isabelle Ingold, Marie-Pomme Carteret
  • Musique : Reno Isaac, Jean-Paul Dessy
  • Producteur(s) : Isabelle Truc, Serge Lalou
  • Production : Iota Production, Les Films d'Ici, Tempo Films
  • Interprétation : Christine Dory (Anne), Vincent Dieutre (Charles), Marie Payen (Jeanne), François Barat (l’éditeur), Bojena Horackova (l’amante)
  • Distributeur : Esperanza Productions
  • Date de sortie : 19 mars 2014
  • Durée : 1h48
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Le Vertige des possibles

réalisé par Vivianne Perelmuter

Déconstruisant les formes narratives traditionnelles, Vivianne Perelmuter choisit de faire le récit d’une errance métaphysique d’une manière aussi artisanale qu’audacieuse. Soit Anne, écrivain à la rue pour la nuit, parcourant les rues parisiennes en explorant non seulement sa vie, mais aussi l’infinité de vies, de moments, de parcours qui auraient pu être les siens et dont elle retrouve la trace – sonore, visuelle – au long de ses pérégrinations urbaines et mentales.

Le cinéma de Vivianne Peretmuler est une exploration. Contre la linéarité ou même les lignes directrices des scénarios que nous voyons chaque jour, la réalisatrice fait des sons et images le matériau d’une expérimentation : celle de la confrontation de soi face au monde, de notre monde face à ceux des autres. Chaque paysage qui défile, chaque visage croisé, chaque lieu devient la possibilité d’un voyage, donc du débordement de l’anecdote (une jeune femme, écrivain, marche dans Paris et, de souvenirs en fantasmes, se laisse porter jusqu’à un ancien amour) vers une réflexion plus proche de la méditation que du récit.

Trop plein

Parfois envoûtant, poétique et d’une intensité bienvenue, le vertige d’Anne est guidé par la délicate voix off de sa réalisatrice. Véritable lieu de l’introspection mise en scène, la parole – réflexion donnée à la deuxième personne, qui guide et éclaire les images et le regard plus qu’elle ne les explique – cette parole, donc, est ce qui donne à Vivianne Perelmuter l’ampleur de ses ambitions lyriques. La voix, plus qu’un dialogue fictionnel du personnage avec soi, est le véritable sésame qui crée un gouffre entre le matériau brut du film (longs plans fixes filmés depuis une voiture, un bateau qui passe, gros plans sur le détail des visages ou de la ville traversée) et la résonnance que ces rencontres, que ces trouvailles ont pour la protagoniste. De ce gouffre dans lequel on plonge avec le film, il ressort heureusement moins une pesanteur expérimentale et nombriliste (écueil qui guette toutefois face au spleen ambiant) qu’une contemplation simple et audacieuse.

En cela, par sa capacité à jeter sur les choses les plus banales un œil neuf qui les replace dans une perspective humaine et sensible plus qu’intellectuelle, le singulier travail de Vivianne Perelmuter a une autre portée que celle de son audace formelle. Le Vertige des possibles devient un véritable travail d’artisan – on sent que la réalisatrice s’est collée de toute son âme à la sculpture du matériau brut que lui ont donné la vie et sa caméra – un essai, une proposition lancés moins pour résoudre les insondables questions posées que pour leur opposer un regard aussi atypique que précieux (car réfléchi, rare et simple) ; une invitation au voyage en somme.