Accueil > Actualité ciné > Critique > Men in Black 3 mardi 22 mai 2012

Critique Men in Black 3

Back in black, par Olivia Cooper Hadjian

Men in Black 3

réalisé par Barry Sonnenfeld

Beaucoup de blockbusters à succès subissent un sort identique : une suite bâclée surfe sur la vague de l’enthousiasme suscité par le film de départ et récolte les foudres des spectateurs. La major productrice rehausse les investissements sur le troisième épisode, par crainte sans doute que la baisse de qualité ne finisse par entraîner une chute de rentabilité. Men in Black et ses suites collent à ce schéma typique, avec l’option « attendons quelques années avant de faire le trois ». Le résultat est donc honnête, sans approcher néanmoins la sophistication de l’opus initial.

La franchise Men in Black repose sur l’exploitation plus ou moins habile de fantasmes partagés par une part non négligeable de la population humaine : il existe une vie extraterrestre ; des aliens se dissimulent parmi nous, humains ; une organisation secrète dotée d’un attirail de gadgets inouïs se charge de réguler l’activité extraterrestre et d’en protéger la population. Aussi excitants que soient ces postulats, un seul film suffisait à les défraîchir et Men in Black 3 ne résiste pas toujours à la tentation de recycler des idées déjà exploitées dans le premier épisode. Le sentiment de déjà-vu empêche d’apprécier pleinement certaines situations amusantes, quand il ne les rend pas tout bonnement ennuyeuses.

Heureusement, les créateurs du films ont dû, eux aussi, s’apercevoir que des resucées de blagues ne suffiraient pas à gagner un nouveau succès. D’où l’heureuse idée de pimenter la sauce en y adjoignant un fantasme supplémentaire : celui du voyage dans le temps. Tout commence lorsque Boris l’Animal, un extraterrestre particulièrement féroce, s’échappe de la prison lunaire où il purgeait une peine à perpétuité. Ayant perdu l’un de ses membres au cours d’un affrontement avec l’agent K (Tommy Lee Jones dans le présent), alors débutant, il décide de retourner dans le passé pour tenter d’éviter à la fois la perte de son membre et la déroute de son espèce colonisatrice. La réussite de ce projet machiavélique se manifeste à l’agent J (Will Smith) par la disparition de l’agent K, que tout le monde dit désormais mort depuis quarante ans. J n’a donc d’autre choix pour sauver son partenaire – et accessoirement, l’humanité – que de retourner lui aussi en 1969 pour annuler une funeste réécriture de l’histoire.

Le voyage dans le temps est peut-être le plus universel des fantasmes, si bien que le recours à un tel ressort narratif peut passer pour une facilité. Pour autant, il implique également une prise de risques. Comment, d’abord, représenter le saut temporel ? Ici, le scénariste a choisi la littéralité : pour se transporter dans le passé, l’agent J est forcé de sauter du haut de l’Empire State Building. Au cours de sa chute, il est transporté d’un bond à l’aube de l’humanité avant que l’histoire ne se déroule de nouveau jusqu’à sa destination – l’année 1969. Cette séquence, l’une des rares où la 3D est véritablement utilisée, donne bien au voyage l’aspect « ébouriffant » que l’on renonce souvent à représenter. Un deuxième défi majeur, celui de la figuration de la jeunesse d’un personnage, est admirablement relevé par le film. À une vaine tentative de rajeunir Tommy Lee Jones, Barry Sonnenfeld préfère l’emploi d’un autre acteur : Josh Brolin excelle à imiter le jeu et la voix de son aîné, tout en conservant avec lui une distance qui rend sensible la régression du temps. Il accomplit ainsi la prouesse de donner l’impression que l’on se trouve véritablement face à un état antérieur du même personnage. Ces bonnes bases étant posées, le film peut tirer pleinement parti des possibilités offertes par la ficelle scénaristique du voyage temporel : plongée dépaysante dans une époque passée – pour le spectateur comme pour le personnage voyageur, suspenses liés à la connaissance de ce qui doit être évité et de ce qui est en jeu, courses contre la montre, etc.

Dommage donc que ce Men in Black 3 reste globalement un peu paresseux. Une mise en images très classique, certes moins fatigante pour les yeux que la norme actuelle des blockbusters, peine souvent par sa mollesse à transformer les essais comiques. Certaines idées amusantes – voir par exemple la scène de la Factory – tombent ainsi à plat. Les dialogues eux aussi sont souvent trop pauvres ou téléphonés pour faire mouche. Pour un film qui repose autant sur des ressorts comiques que sur le fantastique, pouvoir compter sur les doigts d’une main les moments véritablement drôles dans l’ensemble du film est quelque peu problématique. Ajoutons à cela un final mélo tiré par les cheveux, et il est clair que Men in Black 3, comme les agents qui l’habitent, a tout de même frôlé la catastrophe.

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