• République de la malbouffe

  • France
  • -
  • 2011
  • Réalisation : Jacques Goldstein
  • Scénario : Jacques Goldstein, sur une idée originale de Xavier Denamur
  • Image : Jacques Goldstein
  • Son : Alberto Crespo-Ocampo
  • Montage : Jacques Goldstein
  • Producteur(s) : Xavier Denamur, Gilles Le Mao
  • Distributeur : La Huit
  • Date de sortie : 1 février 2012
  • Durée : 1h12
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République de la malbouffe

réalisé par Jacques Goldstein

À l’approche de l’échéance présidentielle, l’heure est au bilan. Et parmi les doléances nombreuses qui s’amoncellent au pied du chef de l’État, une mesure a retenu l’attention du restaurateur Xavier Denamur. Initiée en 2009, la baisse de la TVA dans la restauration devait redonner aux Français le pouvoir d’achat nécessaire pour se faire un petit gueuleton plus régulièrement et aux professionnels, la possibilité d’embaucher. Denamur et Goldstein (réalisateur plutôt habitué aux documentaires musicaux) dressent un portrait accablant de cette réforme onéreuse (on s’en doutait), inefficace (on s’y attendait) mais surtout dangereuse (elle accroit le mouvement d’uniformisation du goût déjà en branle). C’est malheureusement le seul point pertinent de cette République de la malbouffe, qui enchaîne surtout des séquences téléphonées entre langue de bois gouvernementale, diplomatie patronale et coups de gueule des « petits » artisans.

Dans les années 1990 sur les plateaux télé, Jean-Pierre Coffe s’époumonait qu’on mangeait de la merde, en jetant des saucisses à tout-va. Amusantes, ses prestations n’en soulignaient pas moins l’urgence de prise de conscience indispensable pour changer le cap du tout industriel. Vingt ans plus tard, le constat est tragique. On mange toujours de la merde, mais plus surprenant on en mange aussi au restaurant. République de la malbouffe entraine ainsi le spectateur dans les coulisses des salons destinés aux restaurateurs. Bœuf bourguignon en boîte, confit de canard sous-vide, pâtisserie déjà prête, il semblerait que bon nombre de professionnels s’adonnent sans honte à cette mascarade gastronomique. Xavier Denamur, patron de plusieurs établissements parisiens, piste sous la caméra de Goldstein cette nouvelle cuisine. Car au-delà du scandale évident (voire de la fraude) que représente la vente de produits industriels en lieu et place de mets cuisinés sur place, la situation révèle surtout le nivellement de notre alimentation et notre déficience gustative. Si le client ne fait plus la différence entre un magret frais et un canard de batterie, la crise est grave.

Cette uniformisation, principale conséquence du trust des fast-foods, détruit la culture gastronomique de la France, mais pas seulement. Dommage que le documentaire n’ait pas choisi cette direction. Les dommages de cette industrialisation rampante sont d’ordre multiples : baisse des formations et précarisation de l’emploi (plus besoin d’un cuisinier, d’un chef de rang ni même d’un pâtissier dans ces conditions), financiarisation de la branche (les chaînes grignotent la marge de la restauration dite classique) sans compter les problèmes de santé publique (l’obésité en tête). En effleurant ces sujets adjacents à son propos, le film perd de sa pertinence en se contentant d’axer sa démonstration sur la seule baisse de la TVA. Même si des éléments factuels sont avancés (200 millions d’euros de marge supplémentaire engrangés par McDonald, 8000 emplois créés seulement ce qui revient, compte tenu de la perte fiscale de 14% de TVA à une « subvention » de près de 330 000 euros par poste !), ils ne prennent jamais sens dans un système plus large, dont le gouvernement actuel n’a fait qu’accélérer la prise de pouvoir. À la place, La République de la malbouffe part sur les traces de vrais producteurs qui peinent à vendre leurs produits. Cliché de la paysannerie sympathique avec verre de rouge et sauciflard, ces images d’Épinal noient le public dans un pamphlet altermondialiste facile alors que la démonstration non partisane aurait sans doute apporté une critique bien plus solide.

À travers des témoignages brillants (un médecin expliquant l’obésité par l’entremise d’une étude herpétologique) ou consternants (un responsable patronal soulignant la responsabilité des femmes dans la malbouffe ambiante !), République de la malbouffe troque l’enquête journalistique contre un document à charge. Trop militant, pas suffisamment exigeant dans son traitement (la réalisation ne vaut guère plus qu’un reportage d’Envoyé Spécial), le documentaire laisse sur sa faim. Un comble.