Accueil > Actualité ciné > Critique > Rosalie Blum mardi 22 mars 2016

Critique Rosalie Blum

© SND

L’Arroseur arrosé, par Eva Markovits

Rosalie Blum

réalisé par Julien Rappeneau

C’est Rosalie Blum, le roman graphique en trois tomes de Camille Jourdy, qui a fourni au scénariste Julien Rappeneau une matière riche pour son premier film en tant que réalisateur. Scrupuleux, la fidélité du réalisateur envers le roman ne lui fait pas prendre beaucoup de risques. On y suit trois personnages menant une vie solitaire dans une ville de province non identifiée : Vincent Machot, coiffeur à la vie rangée, sous la coupe de sa mère qui vit au-dessus de lui et qui pratique l’art de la culpabilité – et des marionnettes. Rosalie Blum, épicière esseulée et adepte de whisky, dont le visage provoque une impression de déjà-vu chez Vincent. Et Aude, la nièce de Rosalie, qui s’est échappée de la maison bourgeoise de ses parents pour mener une vie précaire et sans but. Un jour, Vincent se met à suivre Rosalie sans trop savoir pourquoi.

S’approprier un univers

Brassant des éléments de comédie romantique, cette histoire nous plonge dans le quotidien un peu terne et dépressif de trois individus aux antipodes. L’ensemble des personnages sont par moments un brin caricaturaux (principalement les personnages secondaires comme celui d’Anémone en mégère manipulatrice, le cousin de Vincent, les acolytes d’Aude) mais l’histoire complexe qui lie les trois protagonistes révélée avec finesse à mesure que le film avance et que les regards changent et s’échangent, tempère cette tendance, et le choix de Noémie Lvovsky en Rosalie Blum intrigante et émouvante n’y est pas pour rien. Julien Rappeneau n’a semble-t-il pas vraiment cherché à apposer sa patte : sont reproduits parfois à l’identique certains intérieurs du roman (jusqu’à certains accessoires), ses couleurs chaudes, certains dialogues. Malgré ce parti pris timoré, il parvient par moments à insuffler à la fois une énergie et un parfum de mélancolie qui confèrent au film un certain charme.

Jeu de pistes

Reproduisant la structure narrative du roman à trois voix (le point de vue de Vincent, celui d’Aude et celui de Rosalie), Julien Rappeneau tire habilement les ficelles de son récit en manipulant ses spectateurs comme il manipule gentiment ses personnages, à l’aide de ruptures de récit et d’ellipses. Commence alors une mission d’espionnage virevoltante, un jeu de fausses pistes à travers la ville dans un récit imbriqué qui alterne franches scènes de comédie burlesque et moments de désenchantement qui apportent justesse et authenticité aux trois protagonistes. Ce mélange donne au film un équilibre nécessaire pour qu’il ne se réduise pas à un récit uniquement cocasse. Une même scène va être à nouveau revécue selon le point de vue du personnage qui s’adresse à nous et nous fait réévaluer ses enjeux et la nature des relations qui se tissent. C’est ce jeu permanent avec la réalité qui donne au film son dynamisme et une dimension ludique, même si ce procédé est loin d’être nouveau.

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