• Tombé du ciel

  • France, Liban
  • -
  • 2016
  • Réalisation : Wissam Charaf
  • Scénario : Wissam Charaf, Mariette Désert
  • Image : Martin Rit
  • Décors : Farah Naboulsi
  • Costumes : Jessica Saber
  • Son : Emmanuel Zouki, Paul Jousselin
  • Montage : William Laboury
  • Musique : Wissam Charaf
  • Producteur(s) : Charlotte Vincent, Pierre Sarraf
  • Production : Aurora Films, Né à Beyrouth Films, Tyrian Purple Pictures
  • Interprétation : Raed Yassin (Omar), Rodrigue Sleiman (Samir), Saïd Serhan (Rami), Yumna Marwan (Yasmine), George Melki (le père)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Durée : 1h10

Tombé du ciel

réalisé par Wissam Charaf

À Beyrouth, le garde du corps Omar aime se rassurer avec son physique de malabar, mais voudrait aussi être plus habile avec son arme. Il tombe – par hasard ? – sur son frère aîné Samir, un milicien disparu et présumé mort depuis vingt ans. Tous deux tentent de revivre ensemble et de veiller l’un sur l’autre dans le Liban d’aujourd’hui. Impossible de savoir ce qui est advenu de Samir au cours de sa longue absence. Mais, est-il seulement vivant ? La première scène de Tombé du ciel, et la dernière qui lui est à peu près semblable, suggèrent fortement que ce personnage, dont l’attitude de combattant expérimenté exprime mieux que ses mots les stigmates de la guerre, serait plutôt une apparition vouée à resurgir ici puis ailleurs, portée par quelque puissance mystérieuse, émanation répétée d’un passé qui passe mal et que le présent doit néanmoins intégrer. Omar, lui, se montre représentatif de ce présent, avec ses rêves et ses désillusions, son héritage (un père délirant qui ressasse les anciennes victoires guerrières nationales) et son envie de tourner, son assurance exagérée et son insécurité profonde.

Les artistes libanais n’ont pas fini de tâcher d’exorciser les spectres de la guerre civile. Wissam Charaf, pour son premier long-métrage, choisit d’en évoquer les échos sourds dans la société d’aujourd’hui, dans un registre visant à refléter l’état flottant dans laquelle il voit celle-ci : une alliance de comédie et de gravité, non sur un simple ton doux-amer, mais via un humour franc et assumé invitant à rire en pensant à des choses sérieuses. Cette veine comique fait un peu feu de tout bois : échanges de vannes ; saynètes burlesques parfois brutales, comme un certain gag au bazooka, ou encore quelques attitudes crispantes d’un Samir à la stabilité mentale douteuse ; jeu de raccords cut distillant de petites ellipses et moments de doute, parfois entre espoirs et conséquences (ce qui est arrivé quand Omar a volé un baiser à la starlette de ses rêves) ; etc. Le tout pourrait ressembler à un exercice d’équilibriste motivé essentiellement par l’exercice même, fait avec doigté et efficacité, mais trouvant ses limites, la fin nous laissant nous demander si son récit était censé mener quelque part. Reste que cette conjonction du sourire et de l’amertume nous fait suivre sans faillir le tandem dissonant et métaphorique. Et qu’à travers celui-ci, on devient sensible à au moins une thématique, exposée avec ironie dans le film mais qui s’avère le problème que le film lui-même doit résoudre : le conflit entre l’attitude du « soldat » et celle du « combattant », entre accomplir sa mission en suivant les règles (celles de l’armée, celles de la comédie douce-amère bien huilée sur un sujet persistant) et oser le faire en franc-tireur faisant fi de tout académisme.