Accueil > Actualité ciné > Critique > Wallabout mardi 12 avril 2016

Critique Wallabout

© Esperanza Productions

Dérives, par Damien Bonelli

Wallabout

réalisé par Eric McGinty

Si l’héroïne de Wallabout, tout juste de retour à Brooklyn après dix ans d’expatriation à Paris, peine à trouver son centre de gravité, le film localise le sien presque d’emblée. Il s’agit de Wallabout Bay, un district de Navy Yard – le chantier naval de Brooklyn – fondé au 17ème siècle par une colonie wallonne. Le détail mérite d’être mentionné, tant ce site semble offrir à Alex un port d’attache dans une ville dont les racines ne plongent guère plus profondément dans l’Histoire. C’est qu’à New York, ce temple désormais un peu désuet de la modernité, un irrésistible tropisme continue d’entretenir chez le nouvel arrivant le mythe de la réinvention. Encore que cette trentenaire, dépassée par les codes de sa propre culture, tient davantage de la revenante. Le premier long-métrage du Franco-Américain Eric McGinty suit pas à pas l’errance d’une jolie métisse brisée par une relation avec un cinéaste ingrat (et français jusqu’à la caricature). C’est l’histoire d’un fantôme, qui revient hanter les lieux de sa jeunesse et cherche désespérément à s’incarner dans une ville où une nouvelle génération a entretemps délogé la sienne.

Purgatoire

À travers ce portrait, c’est aussi le drame de la paupérisation des milieux artistiques et intellectuels qui se noue en silence, dans une métropole où l’intermittence du spectacle ferait passer la France pour un pays de Cocagne. L’inconnue Ivy Elrod masque son impéritie sous une moue frondeuse et une panoplie hipster, dont l’insuffisance se fait pourtant cruellement ressentir au moment de payer le loyer. Dans ce tableau d’une inadéquation au monde tel qu’il va, Wallabout a le mérite d’éviter à la fois l’écueil de l’étroitesse sociologique et celui de l’éventail bariolé du melting-pot new-yorkais. Chère au réalisateur, la problématique du biculturalisme prend place assez naturellement dans le récit, qui s’abstient de brandir en étendard son penchant pour la diversité. Dommage que l’écriture use et abuse du procédé des rencontres providentielles au coin de la rue ou sur le perron d’un brownstone, avant de faire céder ses personnages aux sirènes d’une confortable rédemption. Ceux-ci intriguent momentanément, quand ils mutualisent leurs solitudes respectives. On se désintéresse d’eux dès que le scénario devient un marchepied à leur boboïsme triomphant. Le parcours d’Alex est mis en scène sans les affèteries indie auxquelles on pouvait s’attendre, mais sans imagination non plus, malgré un sens certain du cadre et du plan large plutôt inhabituels pour ce type de projet. Filmée dans un premier temps comme une embarcation échouée sur la grève, Alex remonte bien vite le courant de sa propre adversité. Une fois ce compte à rebours enclenché, sa singularité se dilue inéluctablement dans l’eau douce d’un épanouissement programmé.

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