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Leçon de classes

Leçon de classes

de Jan Hřebejk

  • Leçon de classes
  • (Učitelka)

  • Slovaquie, République tchèque2016
  • Réalisation : Jan Hřebejk
  • Scénario : Petr Jarchovský
  • Image : Martin Žiaran
  • Décors : Juraj Fábry
  • Costumes : Katarína Štrbová Bieliková
  • Son : Jiří Klenka
  • Montage : Vladimír Barák
  • Musique : Michal Novinski
  • Producteur(s) : Tibor Búza, Zuzana Mistríková, Ľubica Orechovská, Ondřej Zima
  • Interprétation : Zuzana Mauréry (Marie Drazdechová), Csongor Kassai (Marek Kucera), Peter Bebjak (Václav Littmann), Martin Havelka (Jaroslav Binder), Ondřej Malý (Rehák), Éva Bandor (Hana Binderová), Zuzana Konečná (Iveta Kucerová), Richard Labuda (Karol Littmann), Oliver Oswald (Filip Binder), Tamara Fischer (Danka Kucerová), Ina Gogálová (la directrice de l’école), Monika Certezni (l'adjointe Chvalovská)...
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 25 octobre 2017
  • Durée : 1h43

Leçon de classes

de Jan Hřebejk

Le dragon venu du passé


Le dragon venu du passé

Inspiré de faits réels, Leçon de classes nous replonge dans les dernières heures du communisme en Europe de l’Est. Mais plutôt que de faire l’examen à grande échelle de tout un système politique, le film choisit le chemin de l’allégorie en circonscrivant l’enjeu à une poignée d’élèves d’un collège de Bratislava malmenés par une professeure qui a fait du favoritisme et de la petite corruption la base de ses relations avec les autres. L’idée n’est en soit pas inintéressante : plutôt que d’enfoncer des portes ouvertes et de prêcher les convaincus en rappelant à quel point l’idéologie était en déliquescence à la fin des années 1980, le récit veut offrir une réflexion sur l’éthique individuelle et l’exercice du libre-arbitre face aux abus de pouvoir. L’ambition est plutôt belle mais il aurait fallu pour cela que le projet soit un peu plus aventureux et prenne davantage de distances avec un scénario excessivement balisé, des dialogues sur-écrits qui condamnent les acteurs à une certaine raideur dans leur interprétation. Surtout, il aurait fallu que le propos soit nettement moins manichéen, la ligne moins nette entre la morale à respecter et ses écarts, entre les personnages porteurs d’un renouveau et ceux qui, engoncés dans leur lâcheté, ne feront que perpétrer l’existence d’un système pourri jusqu’à l’os. Trop lisible dans son dispositif et ses objectifs, la construction des premières scènes ne vise qu’à entretenir un suspense artificiel, repoussant toujours à plus tard la révélation des raisons pour lesquelles les deux dirigeantes de l’école ont décidé de convoquer l’ensemble des parents d’élèves pour statuer sur le sort de la professeure fautive. À coup de flashbacks savamment dosés, le pot-aux-roses se dévoile progressivement sous les yeux d’un public médusé dont la plupart conteste les accusations.

Cherchez la faute

On ne comprend que trop bien l’obstacle auquel les quelques audacieux se confrontent en voulant faire tomber la tête de la corrompue : avouer le manque d’impartialité de l’enseignante vis-à-vis de ses élèves, ce serait reconnaître d’avoir accepté d’effectuer quelques largesses (des courses, le ménage, une coupe de cheveux, etc.) pour encourager le favoritisme. Entre les quatre parents plaignants et le reste de l’assemblée, une ligne claire se dessine : celle de la bonne foi et de l’exigence de vérité. Sur le même canevas que Douze hommes en colère, il s’agira donc d’argumenter, de distiller le doute, de faire changer d’avis pour que la professeure ne jouisse plus de son impunité. Ajouté à la raideur du huis-clos dans la salle de classe, l’un des gros problème du film réside dans l’excessive lisibilité des dialogues qui prennent soin de laisser le chaos à l’extérieur : à chaque déclaration d’un personnage, chacun se tait, devient le spectateur d’une tirade, attendant sagement son tour pour répliquer. De fait, aucune vie, aucune spontanéité, aucun débordement inattendu ne semblent pouvoir s’immiscer dans cet enchaînement très conventionnel de scènes dont le seul enjeu, on l’aura deviné bien trop tôt, sera de convaincre les réticents à oser prendre position pour faire basculer le reste de la communauté. Le spectateur, lui, aura rapidement compris quel camp choisir : faisant l’économie de toute ambiguïté, le récit ne cherche même pas à nous faire croire que la hiérarchie pourrait être de connivence avec de telles pratiques. La corruption n’est donc plus l’affaire d’un système mais ne relève que d’une initiative individuelle qu’on peut condamner sans détour.

La farce à reculons

L’une des pistes qu’aurait pu davantage explorer le long-métrage de Jan Hřebejk, c’est celle de la farce. Quitte à jouer sur le grotesque des situations et à forcer le trait sur les personnages, Leçons de classes aurait pu adopter une posture plus corrosive et pince-sans-rire, capable de distiller un véritable malaise. Par instants, la mise en scène effleure cette option : c’est particulièrement prégnant dans les scènes d’intérieurs, où les appartements de l’ère communiste deviennent le théâtre de scènes impudiques (encouragées par l’exiguïté des lieux ou la multiplicité des portes-fenêtres), où les personnages semblent happés par le tragique absurde de leur existence, entre tentatives de suicide au gaz et réconciliations sur l’oreiller. Le personnage de la professeure — une manipulatrice indéchiffrable — en est certainement l’incarnation la plus troublante : souvent filmée de face, la privant même d’un hors-champ qui expliciterait trop facilement le double jeu auquel elle se livre au nez et à la barbe de tous, la caméra s’amuse à faire ressortir tout le grotesque de ses colères, réduisant à une portion assez ridicule son véritable pouvoir de nuisance. Si le film se laisse parfois tenter par la farce cynique — aidé, il faut le dire, par l’actrice principale qui parvient à porter l’outrance de son personnage sans jamais avoir recours à un second degré complice avec le spectateur –, il n’aura finalement pas l’audace de prendre une autre voie que celle de la fable moralisatrice. À forcer le trait sur les injustices qui découlent de la situation initiale, on comprend bien que le réalisateur ne se donne pas d’autres possibilités que de conclure par un happy end où chacun aura pris ses responsabilités dans l’affaire pour lever le voile sur la vérité. La dernière scène — sorte de clin d’œil qui joue sur le comique de répétition — achève de réduire la portée du film au seul personnage de la professeure, finalement seule fautive et entrave à l’équité. C’est malheureusement bien insuffisant pour que Leçon de classes offre davantage qu’un plaisir sans conséquences alors que son sujet portait en lui le potentiel d’une gravité non dénuée de grotesque.

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