Indivisibili

Indivisibili

de Edoardo De Angelis

  • Indivisibili

  • Italie2016
  • Réalisation : Edoardo De Angelis
  • Scénario : Edoardo De Angelis, Nicola Guaglianone, Barbara Petronio
  • Image : Ferran Paredes Rubio
  • Décors : Carmine Guarino
  • Costumes : Massimo Cantini Parrini
  • Son : Valentino Gianni
  • Montage : Chiara Griziotto
  • Musique : Enzo Avitabile
  • Production : Mediaset, Medusa Film, Tramp Ltd.
  • Interprétation : Angela Fontana (Daisy), Marianna Fontana (Violet), Toni Laudadio (Nunzio), Gaetano Bruno (Marco Ferreri), Antonia Truppo (Titti), Massimiliano Rossi (Peppe)
  • Distributeur : Chapeau Melon Distribution
  • Date de sortie : 31 janvier 2018
  • Durée : 1h40

Indivisibili

de Edoardo De Angelis

La séparation


La séparation

Au fin fond de l’Italie dans un petit village côtier nommé Castel Volturno, les jumelles Violet et Daisy viennent de fêter leurs dix-huit ans. Mais les deux jeunes femmes ont une particularité : sœurs siamoises reliées au niveau de la hanche, elles sont exploitées par des parents peu scrupuleux qui les font inlassablement monter sur scène pour chanter des tubes ringards devant un public de badauds généralement conquis. Quand elles ne chantent pas, le père manipulateur se contente d’exhiber sa progéniture comme de simples animaux de foire au sein d’une région où la croyance populaire a fini par en faire deux divinités porte-bonheur. Seulement, le jour où un chirurgien (nommé Marco Ferreri, cela ne s’invente pas) qui passait par là indique aux deux jeunes femmes que la chirurgie peut les séparer, le doute s’immisce au sein du tandem. Si l’une des deux sœurs redoute cette rupture physique et anticipe le choc psychique à venir, l’autre voit d’un œil impatient le champ des possibles (vie sexuelle, indépendance, existence normale) s’ouvrir à la séduisante jeune femme qu’elle est devenue. Inutile de préciser que le père, angoissé à l’idée de perdre sa poule aux œufs d’or, fera tout pour décourager l’entreprise.

Deux en une

Bien loin des freaks qui ont commencé à peupler le cinéma dès les années 1930 et posé la question de la représentation de la difformité dans une société stéréotypée (jusqu’à en dynamiter la bienséance comme dans les films de Tod Browning ou Deux en un des frères Farrelly), le troisième film d’Edoardo De Angelis — après deux longs-métrages restés inédits en France — formalise à travers un scénario cousu de fil blanc le désir de deux jeunes femmes de gommer leur handicap afin de rentrer dans la norme. Et pour mieux cautionner cette démarche conformiste, le lien physique qui unit malgré elle ces deux sœurs n’apparaît que comme un détail à corriger, un petit obstacle à abattre pour qu’elle puisse profiter de leur physique de nymphes particulièrement avantageux. À la succession de scènes qui sentent bon le passage obligé (la rébellion, la fugue, les premiers jeux de séduction) et qui ne ménagent aucune surprise, ne vient s’ajouter aucune réflexion sur le rapport intime au corps, comme si — en dehors des scènes d’exhibition et de disputes avec la famille — ces deux personnages n’avaient pas de consistance. De manière assez symptomatique, le scénario échoue à faire exister un hors-champ, limitant l’enjeu au temps présent et au cadre au sein duquel se passe l’action.

Tentative d’élévation

Pour autant, malgré ses difficultés à s’affranchir d’une écriture beaucoup trop conventionnelle, le film n’est pas tout à fait dépourvu de cette bizarrerie qu’il prétend représenter à travers le portrait de ces deux sœurs siamoises. Si la galerie de personnages les entourant n’offre que très peu d’intérêt (un père profiteur dépeint à gros traits, une mère soudainement prise par le remords), c’est plus du côté de l’arrière-plan qu’Indivisibili peut intriguer. Prenant le contre-pied d’un naturalisme d’inspiration documentaire qui aurait pu faire tomber le propos dans le piège de la chronique sociale, la mise en scène fait de ces côtes italiennes, à la marge du développement économique et pourtant aux premières loges du drame qui se déroule continuellement sur les eaux de la Méditerranée (belle allégorie des deux sœurs parties fuguer, repêchées à la mer comme tant de migrants chaque semaine), un drôle de théâtre coupé de la marche du monde. Mais l’excès de sérieux avec lequel le réalisateur traite son sujet (et qui a sûrement valu au film une reconnaissance critique avec une moisson de prix en Italie), alors qu’il ne prend pas le risque d’offrir une réflexion fournie sur l’inscription de ces corps dissonants dans leur environnement, fait d’Indivisibili un objet beaucoup trop anecdotique pour convaincre.

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