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Jesús — Petit Criminel

Jesús — Petit Criminel

de Fernando Guzzoni

  • Jesús — Petit Criminel
  • (Jesús)

  • Chili, France, Allemagne, Grèce, Colombie2016
  • Réalisation : Fernando Guzzoni
  • Scénario : Fernando Guzzoni
  • Image : Bárbara Álvarez
  • Son : Roberto Espinoza, Carlo Sánchez, Jean-Guy Veran
  • Montage : Andrea Chignoli
  • Producteur(s) : Jacques Bidou, Marianne Dumoulin, Giancarlo Nasi
  • Production : JBA Production, Rampante Films, unafilm, Graal Films, Burning Blue
  • Interprétation : Nicolás Durán (Jesús), Alejandro Goic (Hector), Sebastián Ayala, Gastón Salgado, Constanza Moreno, Esteban González
  • Distributeur : Optimale Distribution
  • Date de sortie : 28 mars 2018
  • Durée : 1h26

Jesús — Petit Criminel

de Fernando Guzzoni

Là et nulle part


Là et nulle part

Le film s’ouvre sur une scène où l’on voit Jesús, dix-huit ans, participer à un concours de chant et de danse calqué sur les codes de la K‑pop (la pop sud-coréenne aux mélodies sucrées chantée par des groupes de garçons ou de filles) : musique sautillante, univers coloré et mise en scène kitsch. On est pourtant loin de l’univers dans lequel évolue l’adolescent, ce dont attestent les scènes suivantes, en rupture complète avec cette entrée en matière. Déscolarisé, orphelin de mère et élevé par un père aimant mais absent, Jesús se traîne à longueur de journée avec quelques copains quand il ne s’adonne pas au sexe — avec des filles ou des garçons, peu importe — sans passion particulière. L’absence de désir, c’est justement ce qui semble clouer le jeune homme au sol, le rendant incapable de prendre l’ascendant sur sa destinée. Mais une nuit, tout bascule : fortement alcoolisé, il traîne avec sa bande dans un parc de la ville où il tombe sur un jeune homme tout aussi mal en point qu’eux. Perdant le sens des réalités, le groupe se met à taquiner l’inconnu, à le bousculer puis finit par le tabasser au point de laisser presque mort. Lorsque, le lendemain, le fait divers fait la une des journaux et que la police déclare rechercher les responsables, Jesús commence à paniquer. Menacé par ses complices, il finit par se confier à son père qui décide de l’emmener très loin de la ville.

Montrer ou ne pas montrer ?

Lorgnant clairement du côté de Larry Clark (de Kidsà Ken Parken passant par Bully), Fernando Guzzoni est tenté par la même frontalité provocatrice. Cette frontalité se révèle opérante lorsqu’il s’agit d’isoler l’adolescent dans son cadre familial (le long plan fixe lorsqu’il dîne tandis que son père, en hors-champ, tente de maintenir un semblant de conversation depuis son canapé), plus neutre quand il est question de représenter la sexualité des personnages (quelques plans pris à la volée sur le sexe en érection du garçon ou bien sur un corps à corps homosexuel maladroit), mais elle pose en revanche problème lors de la scène de l’agression. Parce qu’on ne sait pas vraiment ce que le réalisateur souhaite faire passer à l’image, le montage oscille entre une exhibition crue de l’agression (les plans répétés sur les mains et les pieds qui frappent violemment) et une mise à distance finale assez hypocrite (la scène s’achevant sur un plan d’ensemble pour mieux frustrer notre désir de comprendre l’issue du drame). Cette incapacité à choisir entre frontalité et suggestion pour nourrir artificiellement un semblant de suspense est à l’image de ce film assez mal-aimable, boiteux et déséquilibré, qui n’assume pas complètement la sécheresse de certains partis pris plus intéressants, au risque de devenir un film de festival parmi d’autres.

Les chemins de traverse

Là où le film devient plus intéressant, c’est lorsqu’il s’éloigne du conflit qui oppose Jesús à ses complices. Même si quelques scènes sentent bon le passage obligé pour figurer le désarroi dans lequel est plongé le personnage après avoir pris conscience de ses responsabilités, le réalisateur ne se limite pas pour autant à enfermer son anti-héros dans le piège qu’il s’est lui-même tendu. Sans chercher à asséner sa petite leçon, Jesús — Petit Crimineltente le pari de se mettre à hauteur du fautif, de nous faire ressentir un minimum d’empathie. Sans chercher à l’excuser en le rendant prisonnier d’un contexte social ou psychologique (ce à quoi le choix du naturalisme aurait pu nous exposer), Fernando Guzzoni préfère faire dévier son film d’un chemin tout tracé en suivant l’errance de ce personnage qui est soudainement confronté à l’absence de perspectives (la prison ou la mort). Les quelques scènes lors de la fugue avec le père, si elles ne retirent rien à la lourdeur de l’enjeu, offrent néanmoins une suspension et une respiration qu’on n’aurait pas cru possibles dans un film aussi court. Mais ces quelques timides promesses sont trop rapidement étouffées par la volonté du scénario, dans un revirement final, de boucler la boucle, de trouver une conclusion moralement acceptable à cette fuite en avant. Le film aurait certainement gagné à oser suivre davantage Jesús dans sa tentative d’échapper à son funeste destin mais, au lieu de cela, il préfère nous tendre le miroir rassurant d’une criminalité désespérée qui devra un jour ou l’autre répondre de ses actes.

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