Daya, un vieil Indien, sent que son heure est venue et prend l’initiative de l’annoncer à sa famille. Dans l’espoir d’atteindre le salut, il décide de se retirer sur les bords du Gange, dans un petit hôtel de Bénarès entièrement dédié à la fin de vie. Contre son gré, son fils Rajiv l’accompagne dans ce qui est censé être la dernière étape de la vie de Daya. Sauf que la mort se fait attendre, que père et fils se retrouvent dans un face-à-face psychologique trop lisible, évoquant les ratés de leur relation et se découvrant in extremis sous un jour nouveau. Sur le papier, bien que convenue et empruntant de nombreux passages obligés (l’ultime confrontation familiale avant la disparition du patriarche a déjà inspiré bon nombre de cinéastes), pareille histoire pouvait néanmoins receler son lot d’émotion devant le spectacle d’un homme forcé à l’humilité par sa condamnation prochaine. Pourtant, dès les premiers plans, on devine que le jeune Shubhashish Bhutiani (seulement 26 ans), dont c’est ici le premier long-métrage, fera malheureusement preuve d’un trop grand retrait dans ses parti-pris de mise en scène. Se risquant à neutraliser presque instantanément le potentiel dramatique de la plupart des séquences, il se limite à quelques plans figés où les acteurs — tous épatants de naturel — surnagent tant bien que mal pour donner un peu de chair à leurs personnages. C’est comme si par excès de pudeur devant la gravité du sujet, le réalisateur n’avait pas osé faire entrer un peu de vie dans son film, le transformant en écrin mortuaire avant l’heure dite.
Une Inde de carte postale
On aurait pu s’en tenir à ce tiède constat de film trop à distance de son sujet si, par moments, la mise en scène ne versait pas dans un exotisme de pacotille qui donne la désagréable impression que Hotel Salvation a d’abord été pensé pour séduire le public occidental. Si le potentiel cinégénique de Bénarès est indéniable (la ville paraît entièrement tournée vers le fleuve sacré où se déroulent les cérémonies mortuaires), on aurait pu néanmoins éviter les scènes de cartes postales où les rituels sont filmés avec ce qu’il faut de joliesse pour satisfaire le spectateur en mal de choc culturel. L’impossible communication entre le père et son fils emprunte elle aussi de nombreux passages obligés qui tendent à clouer le film au stade de l’ébauche et des intentions : entre le déni du premier, le cynisme du second (forcément plus occupé par son travail et à répondre à son téléphone portable alors que la discussion serait possible), le récit s’attache à confronter le plus souvent de manière stérile deux personnages qui peinent à gagner en nuances, trop figés dans ce qui les caractérise trop sommairement. C’est d’autant plus dommage que dans les derniers moments du film, Shubhashish Bhutiani parvient enfin à toucher quelque chose : en précipitant brutalement le film dans l’inéluctable, en confrontant le fils à ce qu’il a toujours soigneusement voulu ignorer jusqu’ici, Hotel Salvation donne un peu de corps à ces derniers remords avant l’oubli. Mais cela ne suffit pas à faire du film autre chose qu’un fantasme, celui d’un jeune cinéaste qui voudrait nous projeter dans ce deuil annoncé mais ne parvient jamais à nous faire passer la porte d’entrée.