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Vierges

Vierges

de Keren Ben Rafael

  • Vierges

  • Israël, France2018
  • Réalisation : Keren Ben Rafael
  • Scénario : Keren Ben Rafael, Élise Benroubi
  • Image : Damien Dufresne
  • Décors : Ella Spector
  • Son : David Vranken
  • Montage : Daniel Avitzur, Frédéric Baillehaiche
  • Musique : Renaud Mayeur
  • Producteur(s) : Caroline Bonmarchand, Moshe Ederi, Leon Ederi, Ofer Naïm, Dafna Prenner, Shai Eines
  • Production : Avenue B, United Kings Films, Artza Productions, Frakas Productions
  • Interprétation : Joy Rieger (Lana), Evgenia Dodina (Inrena / Erika), Michael Aloni (Chipi), Manuel Elkaslassi Vardi (Tamar), Rami Heuberger (Haluba)
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 25 juillet 2018
  • Durée : 1h31

Vierges

de Keren Ben Rafael

Sirène en plastique


Sirène en plastique

Vierges partage avec Grave, Mustang, ou Ava le point commun d’être un premier film d’une jeune génération de réalisatrices dont on peut aisément tirer quelques caractéristiques typologiques. D’abord un thème principal : la jeune fille à l’aube de l’âge adulte, le mystère du corps qui change et des hormones qui démangent, les rapports compliqués avec la figure d’autorité, souvent maternelle. Puis un passage répété par le fantastique ou, a minima, un penchant pour l’étrangeté pour signifier, esthétiquement, le récit initiatique en train de se jouer. Le premier long-métrage de la cinéaste israélienne – passée par la Fémis – ne déroge pas à la règle. On suit le quotidien sans relief de Lana qui se morfond du haut de ses 16 ans dans sa ville de Kiryat Yam, station balnéaire déprimée au nord d’Israël. Entre le rêve d’aller faire la fête à Tel Aviv et la frustration d’un petit ami beaucoup trop chaste à ses yeux, elle se voit contrainte par sa mère, tenancière d’un café miteux sur la plage, de garder un œil sur sa petite cousine. La beauté brute de l’actrice principale, Joy Rieger, apporte un peu d’aspérité au film qui se transforme trop rapidement en conte merveilleux fade.

L’arrivée d’un bellâtre qui se prétend journaliste (Michael Aloni) et la rumeur de la présence d’une sirène relance le film : Lana s’énamoure de cet étranger et la foule afflue de nouveau sur la plage, à la recherche de la créature. En liant la trajectoire de son héroïne au destin du paysage urbain délabré dans laquelle elle évolue, Keren Ben Rafael explicite la trame sous-jacente de son travail : réenchanter le monde, transporter tout ce petit microcosme vers un ailleurs plus scintillant. Mais rien y fait, Vierges reste trop engourdi pour révéler un quelconque élan poétique. La multiplication des costumes à paillettes et des maquillages outranciers — qui nourrissent l’atmosphère enfantine, entamé par l’évocation de la sirène — donne l’impression d’une fantaisie éteinte et semble avoir le goût plutôt amer d’une fin de fête. Incapable de faire pétiller cette ambition bohème, la cinéaste se retranche sur son scénario, filmant tout ce qui tient de l’écriture propre, délaissant les chemins de traverse. En résulte un film étriqué, réduit à des stéréotypes. L’éducation sentimentale de Lana la conduit inévitablement dans les bras du journaliste. En contrepoint désabusé aux élans amoureux de sa fille, la mère entretient une relation secrète avec le maire de la ville, personnage cynique. Les autres protagonistes tiennent plus un rôle de faire-valoir, assurant le remplissage pittoresque d’une profondeur de champ bien vide d’idées plus inventives. A défaut de réelle mise en scène, Vierges semble se contenter d’une imagerie jolie, mais factice et plate. Cela est d’autant plus raté que d’emblée, dès la scène d’ouverture, Ben Rafael cherche à lui donner une insolence qui jamais ne se concrétise : pas farouche, Lana joue et tente les garçons qui l’accompagne, obsédée par la perte de sa virginité. La crudité des mots et des gestes sonne faux dans ce cinéma où rien ne semble authentique mais bien plutôt pesé et calibré. C’est sans doute ce qu’il manque encore à ces jeunes réalisatrices, une sensibilité suffisante pour sortir de l’image superficielle qu’elles façonnent. Si l’audace réelle des meilleurs de ses films tend à en estomper les défauts, ces derniers sont criants quand l’originalité est, comme dans Vierges, constamment désamorcée.

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