Marcos fête son anniversaire sur une place lorsqu’un coup de feu interrompt brutalement l’évènement. C’est ainsi que débute Au cœur du monde, dont le générique s’avère tout aussi explosif : les résidents de Contagem, comparés à des cow-boys vivant dans un décor de western, défient la caméra du regard au son d’un rap ravageur. Au fil de son récit, le film parvient à tisser un rapport étroit entre la ville, filmée à l’échelle humaine, et ses habitants. Située à la périphérie de Belo Horizonte au Brésil, Contagem est aussi à la marge que les corps qui la peuplent. La ghettoïsation de la communauté noire, véritable « tragédie black » chantée dans un rap, est également pointée par le personnage de Selma qui s’exclame face caméra : « T’es idiot ? Je suis black ! Dans quel monde tu vis ? » Le business de photographie scolaire qu’elle dirige aux côtés de Marcos apparaît comme une tentative parmi d’autres de survivre dans un monde précaire.
Transactions humaines
Tandis que la société s’ubérise, les personnages sont à la traîne, comme la tortue qui apparaît à plusieurs reprises dans le film. Pour suivre la cadence, il faut être aussi rapide que Rose, coiffeuse le jour et chauffeuse la nuit : à force d’aller trop vite, celle-ci prend toutefois le risque de se consumer, comme la cigarette qu’elle s’empresse d’allumer et qui s’enflamme d’un seul coup. « Mon prénom c’est “Travail”, et mon nom c’est “Argent” » s’amuse-t-elle, révélant une société dans laquelle se dissout l’identité des individus. Dans ce film choral où les vies s’entrecroisent, les interactions humaines semblent avant tout régies par les transactions financières : lorsque Rose rencontre Ana, elle tente ainsi de lui vendre sa voiture, tout comme Branda Lee se souvient avec douleur des rares visites que Marcos lui rendait en prison, toutes motivées par l’argent.
Le prochain endroit
Face à cette vie dépourvue de sens, les habitants de Contagem sont animés par le désir de quitter la ville. Ana accepte ainsi de cambrioler une riche demeure aux côtés de Marcos et Selma lorsqu’elle réalise que « le monde est bien plus grand que ça ». Le basculement de la fiction – qui s’attachait jusqu’ici à dépeindre le quotidien de la population – dans le film d’action épouse alors la quête d’empowerment des personnages, qui croient vainement devenir acteurs de leur propre vie. L’échec du braquage rend cependant leur retour à un quotidien désenchanté particulièrement douloureux : ils n’ont dès lors plus d’autre choix que d’essayer de « garder la foi », coûte que coûte. Le titre fait référence à cet ailleurs dont rêvent les personnages, ce « cœur du monde » que Selma définit comme « le prochain endroit (…) là où vont nos désirs » à travers l’objectif d’un appareil photo, comme s’il s’agissait nécessairement d’une fiction. Un lent dézoom sur une nature idyllique, qui s’avère n’être qu’un simple papier peint, assimile également le désir d’une vie meilleure à une utopie impossible.