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Moneyboys

Moneyboys

de C.B. Yi

  • Moneyboys

  • Taïwan, Autriche, France, Belgique2021
  • Réalisation : C.B. Yi
  • Scénario : C.B. YI
  • Image : Jean-Louis Vialard
  • Décors : Huei-Li Liao
  • Costumes : Zoe Wang
  • Son : Karim Weth
  • Montage : Dieter Pichler
  • Musique : Yun Xie-Loussignian
  • Producteur(s) : KGP Filmproduktion, La Compagnie Cinématographique, Arte France Cinéma, Panache Productions, Zorba Production
  • Production : Gabriele Kranzelbinder, Guillaume de la Boulaye, Patrick Mao Huang, André Logie, Barbara Pichler
  • Interprétation : Kai Ko (Fei), Bai Yufan (Long), Chloe Maayan (Lulu/Hong/Liyu), JC Lin (Xiaolai)...
  • Distributeur : ARP Sélection
  • Date de sortie : 16 mars 2022
  • Durée : 2h

Moneyboys

de C.B. Yi

Amères rencontres


Amères rencontres

Pour son premier long-métrage, C.B. Yi s’attaque à la question de l’homophobie dans la société chinoise à travers le prisme d’un microcosme (les cercles de jeunes travailleurs du sexe) confronté à l’opprobre social. Moneyboys ne se résume toutefois pas à une simple critique sociale : le cinéaste se focalise davantage sur les différentes stratégies d’adaptation que mettent en place les personnages pour aménager un espace de liberté à l’intérieur d’un monde hostile. Le film suit ainsi plusieurs trajectoires individuelles et les communautés où elles s’inscrivent bon gré mal gré, en se focalisant sur Fei (Kai Ko) et Long (Bai Fuyan), deux amis d’enfance issus du même village. Animés par un désir commun de « réussir », ils se prostituent à Shenzhen pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Les différentes péripéties sont marquées par les sacrifices de Fei pour satisfaire les autres, quitte à s’oublier lui-même dans une mélancolie larvée que traduit bien le visage blasé de Kai Ko : exemplairement, les rapports tarifés avec des clients presque toujours bienveillants (à une exception notable), où le prostitué ne semble étrangement jamais atteindre l’orgasme, rassurant ses partenaires au motif qu’il trouverait son plaisir dans le leur. Son mal-être n’est pourtant jamais attribué à la prostitution elle-même, dont Moneyboys s’applique à défaire les représentations unilatéralement négatives : comme Long qui relativise la gravité de sa décision alors que Fei tente de le dissuader de se lancer dans cette activité (« Qui ne se ne vend pas ? »), C.B. Yi filme la communauté des travailleurs du sexe comme un espace de fraternité globalement apaisé, aux couleurs chaudes, où les « collègues » sont aussi souvent des amis et des amants. Dans la première partie du film, le recours à des compositions rigoureusement symétriques figure l’équilibre structurant les relations entre les jeunes hommes, en particulier dans ce long plan où le protagoniste et l’un de ses amis déjeunent face-à-face sans dire un mot, liés par une complicité qu’exprime le jeu presque enfantin des acteurs, dont le silence devient l’indice paradoxal d’une plénitude.

Vies de groupes

La mise en scène de C.B. Yi se déploie entièrement dans la représentation de ces différentes relations, par de long plans-séquences faisant nettement apparaître l’indissociabilité de l’individu et du groupe où il forge tant bien que mal son identité, en ne séparant que rarement les personnages par le cadre ou par des cuts : avare en gros plans, Moneyboys préfère jouer sur des effets de composition et de surcadrage (tel élément de décor scindant le plan et éloignant les personnages, telle fenêtre isolant une silhouette…), faisant naître les dynamiques relationnelles sans cesse redessinées par le déplacement des corps dans le champ. Dans cette toile de relations empêchées, c’est moins le monde de la prostitution que le béant désamour qu’il semble éprouver pour lui-même qui explique l’incapacité de Fei à s’ouvrir véritablement à l’altérité, comme les dialogues le soulignent presque un peu trop nettement, sans pour autant assigner à cette névrose de cause déterminée. Plus subtilement, le film dépeint la pression d’un conformisme généralisé touchant même certains des amis prostitués de Fei, dont plusieurs finissent par se ranger et même se marier. Aussi le film s’achève-t-il sur un flashback dressant le bilan amer de ce défilé de rencontres manquées entre Fei et ses proches, en sauvant la mémoire d’un rare moment de spontanéité (une danse), arraché aux contraintes sociales et aux sacrifices permanents. Tempérant la mélancolie de cette conclusion, le montage en reste à ce moment de bonheur révolu, ce qui préserve une légère indécision : si Fei n’est pas encore vraiment l’homme qu’il pourrait être, rien n’interdit de croire qu’il restera ainsi condamné à ressasser le passé.

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