Si le point de départ de L’Été nucléaire pourrait être celui d’un film à grand spectacle (un incident est détecté dans une grande centrale du centre de la France), son propos est finalement ténu. Cinq amis, qui habitent la zone, se confinent dans une ferme abandonnée. Pour rester en contact avec l’extérieur, ils ne peuvent compter que sur les chaînes d’info qui retransmettent les annonces des autorités et les rumeurs, circulant au gré d’un réseau téléphonique vacillant. Pas de rebondissements sensationnels ; le film s’applique à maintenir ses enjeux à leur niveau le plus prosaïque : se protéger, se nourrir et obtenir quelques informations. Ce récit terre-à-terre participe à la finesse et à la netteté du film, dénué de psychologisme et de schématisme sociologique. La situation d’enfermement et la quasi superposition du temps du récit et de celui de l’action maintiennent la mise en scène dans le domaine du vraisemblable et repoussent les tentations fantaisistes ou fantastiques. Abstraction faite d’un inutile suspense autour d’un accouchement, L’Été nucléaire se caractérise plutôt par une raréfaction des éléments (dramatiques, visuels, sonores), qui fait écho à l’amenuisement des vivres et des abris possibles. Ce minimalisme est annoncé dès la belle séquence d’ouverture où l’on voit courir Victor (Shaïn Boumedine) dans un paysage épuré : une route et un champ de blé surmonté d’un ciel bleu où l’on distingue à peine les deux cheminées de la centrale. C’est précisément cette économie qui donne au film sa singularité. Malgré une situation initiale qui aurait pu faire dériver l’intrigue vers un film post-apocalyptique ou d’épouvante, Lépingle refuse de jouer à l’écran le jeu codifié du « genre » pour mieux l’intérioriser dans l’imaginaire des personnages.
Derrière son aspect volontairement modeste sur le plan pyrotechnique, L’Été nucléaire charge progressivement la nonchalance initiale de son récit d’un ton de plus en plus grave, lié à l’omniprésence invisible de la menace nucléaire qui plane sur ses héros. Celle-ci tranche avec la joyeuseté politique fleurie des autres films du réalisateur (notamment Seuls les pirates, dont la sortie en salles devrait suivre). C’est comme si le film accompagnait la conscientisation de ses jeunes personnages, pris entre l’insouciance et l’urgence du présent. L’association de deux sujets ultracontemporains (le nucléaire, mais aussi le confinement, bien que le film ait été tourné avant la pandémie) et le sérieux avec lequel ils sont ici fictionnalisés donnent presque à L’Été Nucléaire les allures d’un film d’intervention.