Sweat, deuxième long-métrage de Magnus von Horn, raconte les déboires de Sylwia (Magdalena Kolesnik), une jeune femme aussi idolâtrée dans son existence virtuelle de coach sportive aux 600 000 abonnés qu’isolée dans sa vie réelle de célibataire sans amis. Le film prend place dans un cadre temporel resserré, puisqu’il choisit de chroniquer les événements qui émaillent la vie de l’influenceuse pendant quarante-huit heures. Deux fils rouges donnent au récit une direction, en articulant existences privée et publique : le harcèlement sexuel qu’elle subit, sans parvenir à obtenir le moindre soutien de la part de son entourage, et la préparation d’une matinale télévisée qui marque la consécration de son travail. De ce canevas, le réalisateur tire une critique sociale assez peu stimulante, tant son discours sur les influenceurs relève du lieu commun. Von Horn empile les séquences et les dialogues convenus, parvenant rarement à se détacher des banalités ayant trait à l’aliénation virtuelle : selfies à outrance, champs-contrechamps opposant Sylwia à sa propre image filmée par son téléphone, discours creux sur le développement personnel…
Le film charge d’autant plus la barque qu’il associe schématiquement la condamnation des réseaux sociaux à celle du culte de la performance, en ressassant le motif de la transpiration (sweat) comme trace matérielle du surmenage. Obéissant avant tout à une logique assez statique, avec sa caméra portée frénétiquement pour produire un effet documentaire et souligner l’instabilité du personnage, la mise en scène ne parvient que très rarement à transfigurer la platitude de cette critique. On ne retient qu’un plan de Sylwia s’entraînant sur un tapis de course, où Von Horn filme de très près son visage, que l’on voit alors monter et descendre à toute allure dans le cadre, jusqu’à produire une représentation quasi abstraite de la vitesse de la vie moderne.