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Riposte féministe

Riposte féministe

de Simon Depardon, Marie Perennès

  • Riposte féministe

  • France2022
  • Réalisation : Simon Depardon, Marie Perennès
  • Image : Simon Depardon
  • Son : Sébastien Noiré
  • Montage : Nassim Gordji Tehrani
  • Musique : Uèle Lamore
  • Producteur(s) : Claudine Nougaret
  • Production : Palmeraie et Désert, France 2 cinéma
  • Distributeur : Wild Bunch
  • Date de sortie : 9 novembre 2022
  • Durée : 1h27

Riposte féministe

de Simon Depardon, Marie Perennès

Pour un mur communal


Pour un mur communal

Le champ d’action de Riposte Féministe, comme l’affirme la voix off inaugurale, est volontairement restreint. Afin de « documenter » leurs actions, Marie Perennès et Simon Depardon vont à la rencontre de dix associations féministes qui, partout en France, s’emploient par des collages sur les murs des villes à retourner la violence patriarcale à travers la limpidité de slogans bien choisis ou l’exposition sur la voie publique de cas de viols et de féminicides. Mais la rigueur du programme annoncé se heurte bien vite à ce qui anime au fond le geste des cinéastes. En voulant raconter l’histoire des autrices de ces collages anonymes, les cinéastes cherchent surtout à portraitiser avec tendresse les jeunes étudiantes qu’ils ont choisi de filmer par l’entremise d’un dispositif répété tout au long du film. Caméra sur pied, cadre serré sur les visages attentifs à l’expressivité des traits, le film égraine les conversations entre les militantes, qui exposent les modalités de leur action autour d’un verre ou d’un repas. Ce systématisme a un revers : le film se retrouve bien vite embarrassé par la multiplicité des cas et des figures présentées, ne parvenant jamais à investir pleinement la singularité d’un engagement et d’une histoire intime, ni même à justifier la pertinence de ce tour de France entrepris. Le contexte qui préside à l’action de chacune des activistes, qu’il soit géographique, historique ou intime, paraît curieusement effacé par la routine de la mise en scène. À travers les images touristiques que les cinéastes choisissent de montrer (la « Bonne Mère » à Marseille, un porte-conteneur au Havre, le Rhône à Lyon), les villes traversées semblent particulièrement dévitalisées.

On sent bien que cette structure éclatée vise surtout à produire un effet boule de neige pour figurer un supposé élan national, principe qui culmine dans la captation d’une manifestation parisienne. Au-delà de l’artificialité de ce centralisme contestataire – ce défilé dans la capitale étant complétement décontextualisée, seule sa place dans le montage lui confère cette fonction de point d’acmé –, les cinéastes cèdent à cet endroit à une emphase un peu molle : ces images de fumigènes et la montée en tension qu’elles figurent, notamment lorsqu’une poignée d’ultra-catholiques vient provoquer le cortège avec des prières anti-avortement, ne disent au fond pas grand-chose de la colère et de la singularité des moyens d’action des militantes. Il y avait pourtant une autre voie possible pour en rendre compte : les fameux collages, dont la forme même et la violence des histoires qu’ils racontent sont très peu interrogés au sein du film. En les filmant toujours pour ce qu’ils sont, à savoir des collages, mais jamais pour ce qu’ils provoquent – les réactions qu’ils suscitent, la manière dont ils viennent griffer les rues vides en exposant des crimes invisibilisés –, les cinéastes désamorcent la façon même dont ils participent d’une « riposte », qui donne pourtant son titre au documentaire. L’étrange séquence consacrée à la rencontre entre une équipe de colleuses et la sénatrice Laurence Rossignol est, à ce titre, éloquente sur la nature profondément sage de l’objet. Réceptive et enthousiaste, l’élue propose une solution idéale : construire un mur communal dans chaque ville où les colleuses pourraient afficher en toute légalité leur message. C’est en quelque sorte ce que film produit à travers son medley final de collages disséminés dans toute la France comme le ferait un bon album photo de street art, livrant par là un acte de contestation quelque part déjà institutionnalisé.

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