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Mal Viver / Viver Mal

Mal Viver / Viver Mal

de João Canijo

  • Mal Viver / Viver Mal

  • Portugal2023
  • Réalisation : João Canijo
  • Scénario : João Canijo
  • Image : Leonor Teles
  • Décors : Maria Ribeiro
  • Producteur(s) : Pedro Borges
  • Production : Midas Filmes
  • Interprétation : Anabela Moreira (Piedade), Rita Blanco (Sara), Madalena Almeida (Salomé), Cleia Almeida (Raquel), Vera Barreto (Ângela), Nuno Lopes (Jaime), Filipa Areosa (Camila), Leonor Silveira (Elisa)...
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Date de sortie : 11 octobre 2023
  • Durée : 2h07 (Mal Viver) et 2h04 min (Viver Mal)

Mal Viver / Viver Mal

de João Canijo

Le cercle des passions tristes


Le cercle des passions tristes

En tant que décor cinématographique, le cadre de l’hôtel invite souvent à la mise en place de certaines structures narratives polyphoniques, telles que le film choral ou le film à sketches, pour accueillir une pluralité de parcours et d’individus. Ce petit microcosme devient la scène d’une comédie humaine, où s’observent dans un espace resserré une série de dynamiques sociales – exemplairement, la lutte des classes dans Sans filtre ou la série HBO The White Lotus. À ce titre, le diptyque de João Canijo se démarque en partie de cet horizon attendu ; l’hôtel permet d’isoler une poignée de personnages et d’ausculter les relations intimes les liant les uns aux autres. Si Mal Viver suit les différentes générations de femmes qui dirigent un hôtel familial, Viver Mal, son jumeau, se présente comme un série de sketches, chacun centré sur un couple de passage à l’hôtel. Les deux films partagent le même espace mais également la même temporalité, si bien que plusieurs épisodes se superposent – comme en témoignent les cris de Piedade, la mère dépressive du premier volet à la recherche de son chien, qui résonnent également dans les différentes histoires du second film.

Un plan nocturne sur la façade de l’hôtel ponctue les deux volets et présente chaque personnage reclus derrière une vitre du bâtiment, façon Fenêtre sur cour. Dans Viver Mal, les différentes chambres de l’hôtel renferment ainsi des récits hermétiques les uns aux autres ; chaque protagoniste est comme recroquevillé sur ses propres douleurs, sans jamais être attentif au monde extérieur. Les apparitions des membres de la famille du premier volet créent alors une ironie tragique, en rappelant par le hors-champ le drame de Mal Viver qui est en train de se jouer à quelques mètres des nouveaux protagonistes. Réunir pour mieux isoler : si l’idée semble peu originale et renvoie presque à un topos du film d’hôtel, on peut surtout regretter qu’elle irrigue une mise en scène appuyée et systématique.

Asphyxie

Comme pour compenser la théâtralité du dispositif, le cinéaste multiplie les « effets » cinématographiques un brin artificiels, comme des surcadrages parfois très graphiques créés par l’architecture du lieu. La même idée innerve les deux films, au risque de donner à l’ensemble une forme de trop grande homogénéité, alors même que leurs structures appelaient en principe à des ruptures de ton. La narration elle-même répète ad nauseam les mêmes situations : ici, deux femmes se crachent leur aigreur au visage, là, elles médisent sur une autre absente, sans savoir que celle-ci les écoute derrière un mur… La multiplication de ces altercations organise un circuit fermé de passions tristes : du début à la fin du film, le scénario fait entrechoquer ces blocs de rancœur mécaniquement.

Notons tout de même une exception à la fin du premier volet, dans un plan où la grand-mère, face à un drame qui touche la famille, hurle de douleur. Si la chose est de nouveau filmée depuis une vitre, une dissociation s’opère. Le son est ici étouffé, comme si pour la première fois le motif de la fenêtre ne venait pas seulement figurer l’incommunicabilité entre les êtres, mais permettait de mettre également en scène des liens affectifs muselés. Hélas, cette brèche isolée ne suffira pas à rendre le diptyque pour autant respirable.

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