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The Taste of Tea

The Taste of Tea

de Katsuhito Ishii

  • The Taste of Tea
  • (Cha no Aji)

  • Japon2004
  • Réalisation : Katsuhito Ishii
  • Scénario : Katsuhito Ishii
  • Image : Kosuke Matsushima
  • Montage : Katsuhito Ishii
  • Musique : Little Tempo
  • Producteur(s) : Kazuto Takida, Kazunori Wadakura
  • Interprétation : Maya Banno (Sachiko Haruno, la fille), Takahiro Sato (Hajime Haruno, le fils), Tadanobu Asano (Ayano Haruno, l'oncle), Satomi Tezuka (Yoshiko Haruno, la mère), Tatsuya Gashûin (Akira Todoroki, le grand-père), Tomoko Nakajima (Akira Terako), Ikki Todoroki (lui-même), Tomokazu Miura (Nobuo Haruno, le père), Anna Tsuchiya (Aoi Suzuishi)
  • Date de sortie : 20 avril 2005
  • Durée : 2h23

The Taste of Tea

de Katsuhito Ishii

Le temps suspendu


Le temps suspendu

À traduire le titre en français, on est tenté de croire que Katsuhito Ishii a voulu rendre un hommage explicite à l’un des maîtres du cinéma japonais, Yasujirô Ozu. Or, l’auteur de The Taste of Tea nous offre une œuvre d’une richesse tellement hybride qu’il semblerait bien inopportun de le rapprocher expressément d’un autre cinéaste. Ce premier film, véritable ovni dans le paysage cinématographique actuel, renouvelle, tout en évitant de compiler, bon nombre de genres – le burlesque, le manga, la chronique familiale – avec une rare dextérité.

La durée du film – 2h23 – et sa construction pour le moins atypique – une succession de sketches loufoques – auraient de quoi rebuter plus d’un spectateur lambda en quête d’une narration classique. Déroutant, le film n’en conserve pas moins une cohérence qui trouve son point d’orgue dans le personnage de la petite Sachiko, dont la seule obsession est de se débarrasser de son double géant qui ne fait que l’observer à l’insu de tous avec une moue boudeuse.

Tout autour d’elle, gravite une galerie de personnages tous aussi surprenants les uns que les autres : la mère gagne sa vie en dessinant des mangas d’une très grande violence, le père pratique l’hypnose sur des patientes satisfaites de voir que les anges peuvent faire office de sèche-cheveux, le frère ne vit plus que pour faire une partie de go avec sa nouvelle camarade de classe, le grand-père monte un groupe de musique avec un cousin maniéré qui se fait occasionnellement tabasser par une de ses employées. Chaque scène du quotidien est donc prétexte à un basculement, à une incursion inattendue de l’absurde. Progressivement, les liens se tissent pour ne former qu’un tout uniforme d’une rare cohérence.

Dans The Taste of Tea, l’enfant et l’adolescent tiennent une place primordiale car eux seuls peuvent encore se laisser dépasser par un imaginaire foisonnant, autorisant ces nombreuses dérives fantasques qui ponctuent régulièrement le film. Que ce soit lorsque la petite fille tente de comprendre ce qui fait claquer à répétition la fenêtre ou lorsque le jeune garçon tente de fuir ce fantôme ensanglanté coiffé d’une crotte humaine, le loufoque et les angoisses finissent toujours par se rejoindre en un même point. Se profile alors une passionnante réflexion sur les tréfonds de l’âme humaine toujours prompte à réinventer le morne quotidien dans lequel elle évolue (il faut voir avec quelle obstination le grand frère court et pédale sans jamais en discerner les raisons), une réflexion qui n’est pas exempte d’une évidente mélancolie que bon nombre de temps morts mettent en exergue.

Car sous ses dehors fantasques et son avalanche de gags, ce premier long-métrage de Katsuhito Ishii sait prendre son temps pour distiller une conception originale du bonheur. La longueur des plans, l’absence notable de mouvements de caméra et la grande fluidité du montage sont autant de tentatives réussies d’unité. Les obsessions de chaque personnage se transforment en force de vie car les gags qui en résultent sont autant d’étapes par lesquelles ce petit chef-d’œuvre accède à sa propre finalité. Un grand cinéaste est né.

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