Orlando Vargas

Orlando Vargas

de Juan Pittaluga

  • Orlando Vargas

  • France, Uruguay2005
  • Réalisation : Juan Pittaluga
  • Scénario : Juan Pittaluga
  • Image : Crystel Fournier
  • Son : César Lamschtein
  • Montage : Claudio Hughes
  • Producteur(s) : Paulo Branco
  • Production : Gemini Films
  • Interprétation : Aurélien Recoing (Orlando Vargas), Elina Löwensohn (Alice), Héctor Guido (Passos), Rosa Simonelli (Gloria), Ernesto Liotti (Lorenzo)...
  • Distributeur : Gemini Films
  • Date de sortie : 22 juin 2005
  • Durée : 1h18

Orlando Vargas

de Juan Pittaluga

La solitude des hommes


La solitude des hommes

Difficile de nier la sincérité du travail de Juan Pittaluga, tant Orlando Vargas a tout de l’œuvre autobiographique, voire cathartique. Orlando Vargas (Aurélien Recoing) est français et diplomate en Uruguay, où il vit avec sa femme (Elina Löwensohn) et leur jeune fils. La pression exercée sur lui par de mystérieux hommes de pouvoir le contraint à fuir avec sa famille pour Josefina, dernier village de bord de mer avant le Brésil. « Orlando Vargas est un hommage à mon père, diplomate de carrière. S’étant opposé au coup d’état militaire de 1973 en Uruguay, il fut forcé de rentrer au pays. Le retour fut un choc » explique le réalisateur dans le dossier de presse. Pas de doute : l’évocation des derniers jours d’un homme rongé par le doute et son sentiment d’impuissance face aux tourments du monde ont permis à Juan Pittaluga d’exorciser de vieux démons. Tant mieux pour lui, mais d’un point de vue cinématographique, on reste sur notre faim.

La volonté du réalisateur de faire d’Orlando Vargas un personnage mystérieux et inaccessible est louable : à la fois figure paternelle idéalisée à l’extrême et statue du commandeur rongée par l’érosion, c’est un héros romantique dont la force d’évocation est extrêmement puissante. Excellente idée que d’avoir choisi Aurélien Recoing pour l’incarner : le contraste entre son physique brut et massif et l’extrême élégance de sa voix et de ses gestes (qui faisaient déjà merveille dans L’Emploi du temps de Laurent Cantet) confèrent au personnage une belle dimension tragique, tout en douceur. Malheureusement, Juan Pittaluga compte beaucoup trop sur son héros pour remplir les nombreux trous d’un scénario qui joue trop facilement la carte du symbole.

Le film regorge d’une symbolique de pacotille qui affadit son propos : à voir Orlando Vargas, le dos tourné face à la mer pour exprimer sa profonde solitude, on nage en pleine métaphore bon marché comme dans une pub pour La Poste. Et que dire de cette scène où l’épouse d’Orlando, inquiète de l’absence de son mari, trouve sur la plage le cadavre d’un phoque ? Alourdi par autant de dialogues pseudo-métaphysiques ineptes et incompréhensibles, le film s’éloigne progressivement du spectateur pour ne plus ressembler qu’à une œuvre nombriliste et opaque. Lorsque l’on comprend qu’Orlando a disparu et que sa femme ne le reverra jamais, on voudrait être bouleversé par la destinée de cette famille et l’inéluctabilité du destin d’Orlando. Mais la distance qu’impose Juan Pittaluga rend toute empathie impossible.

Tout ceci est d’autant plus regrettable que d’un point de vue strictement esthétique, Orlando Vargas est un film remarquable : à l’atmosphère étouffante de l’environnement urbain de la première partie du film (plans serrés, point de vue éminemment subjectif d’une caméra qui se fait voyeuse quand Orlando fait face aux hommes de pouvoir qui le tourmentent), il oppose les plans larges de l’homme confronté aux paysages, sublimes, de Josefina. Dommage que le propos du réalisateur ne soit pas aussi sensoriel que sa mise en scène.

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