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Saint-Ex

Saint-Ex

de Pablo Agüero

  • Saint-Ex

  • France2024
  • Réalisation : Pablo Agüero
  • Scénario : Pablo Agüero
  • Image : Claire Mathon
  • Décors : Arnaud Roth-Charbonnel
  • Costumes : Mimi Lempicka
  • Son : Pierre Mertens
  • Montage : Christophe Pinel
  • Producteur(s) : Julien Madon, Aimée Buidine
  • Production : Frakas Productions, France 2 Cinéma, Studiocanal
  • Interprétation : Louis Garrel (Saint-Ex), Vincent Cassel (Henri Guillaumet), Diane Kruger (Noëlle Guillaumet)...
  • Distributeur : Studiocanal
  • Date de sortie : 11 décembre 2024
  • Durée : 1h38

Saint-Ex

de Pablo Agüero

Le petit aviateur


Le petit aviateur

Avant de devenir l’auteur renommé du Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry fut pilote en Amérique du Sud au sein de l’Aéropostale, pour laquelle il assura la livraison de courriers lors de périlleux vols autour de la Cordillère des Andes. Situé durant l’une de ces aventures aériennes, qui voit l’aviateur partir à la recherche de son ailier Henri Guillaumet après sa disparition en montagne, Saint-Ex s’emploie à déjouer la solennité du biopic. Dès son ouverture in medias res – l’appareil du protagoniste se crashe en pleine traversée de l’Atlantique –, deux choix témoignent de la direction singulière prise par Pablo Agüero : d’une part, celui d’offrir le rôle-titre à Louis Garrel, qui transmet au personnage son flegme comique, et de l’autre, l’emploi d’incrustations numériques pour figurer les décors. L’amerrissage forcé, spectaculaire, laisse ainsi place à une séquence cocasse où « Saint-Ex » se blottit contre une otarie pour se réchauffer – et ce au milieu de panoramas célestes confinant à la féerie.

C’est de ce goût pour la fantaisie que Saint-Ex tire son intérêt, en mâtinant la reconstitution historique d’emprunts aux codes du film noir (clairs-obscurs, bureaux enfumés par la cigarette, tripot underground peuplé d’ombres chinoises), voire au steampunk lorsque les pilotes bricolent leurs aéronefs. Ainsi d’une vignette aussi incongrue que réussie, qui joue d’un décalage progressif avec la réalité : alors qu’un groupe de mécaniciens s’affaire sur les appareils, le cliquetis régulier de leurs outils se couple aux tapes réconfortantes de Guillaumet sur les épaules de Saint-Ex pour construire une mélodie transformant peu à peu le tarmac de l’aéroport en scène musicale.

Vers le conte

Saint-Ex lui-même fait figure de doux rêveur, toujours prêt à tirer de son journal griffonné une solution farfelue à des problèmes prosaïques. Tel son héros, le film s’avère assez inventif, comme le montre une scène où Saint-Ex suggère de bâtir des phares à flanc de montagne en posant des bougies sur une carte de la région. Mais en dépit de ce type de trouvailles, Saint-Ex n’exploite malheureusement pas toujours son penchant pour l’émerveillement : la mise en scène d’Agüero se montre souvent timorée, en dehors de quelques envolées – exemplairement, le vol final suivant la trajectoire d’un condor, où les courants d’air chauds forment des tourbillons dorés au milieu des ciels de montagne.

L’onirisme du film penche surtout vers l’imagerie du conte. La démarche d’Agüero peut à cet endroit rappeler, certes dans un genre tout autre, celle de David Cronenberg adaptant Le Festin nu, dans sa manière de revisiter la vie d’un auteur par l’entrelacement de faits biographiques et d’éléments tirés de ses œuvres. L’épisode authentique de la recherche de Guillaumet adopte ainsi la structure du Petit prince, composée d’une succession de rencontres : le long de la Cordillère, Saint-Ex croise les inspirations de ses futures créations (une petite princesse flanquée d’un renard et d’un serpent, un troupeau de moutons, de nombreux couchers de soleil, etc.). Ce choix se révèle cependant à double tranchant : la narration épisodique, vite redondante, entame à la longue l’allégresse caractérisant les meilleures scènes – si bien que le film paraît, malgré un certain allant, un poil empêché par son programme.

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