Il faut le voir pour le croire. Et encore, même après avoir enduré les presque deux heures de cet incroyable navet, il faut se pincer pour s’assurer que l’on n’a pas rêvé. Ou plutôt, cauchemardé. Car Quatre frères est le nouveau long métrage de John Singleton, réalisateur autrefois considéré comme prometteur grâce à son premier film, Boyz N the Hood, mais vite récupéré par l’industrie hollywoodienne qui en a fait l’un de ses « faiseurs » les plus efficaces au box-office (Shaft version 2000, 2 Fast 2 Furious).
Apologie de la self justice dans la droite lignée des films des années soixante-dix avec Charles Bronson, homophobie, misogynie et j’en passe : Quatre frères cumule tous les clichés chers au gangsta-rap dont il tente de reproduire les codes au cinéma, sans jamais réussir à en saisir la portée sociologique ou politique. L’histoire improbable de ces quatre hommes adoptés par la même femme et venus se venger après l’assassinat de celle-ci oscille entre comédie involontaire et téléfilm ringard avec Chuck Norris. Porté par Mark Wahlberg, acteur capable du meilleur comme du pire (on vous laisse deviner de quel côté penche la balance cette fois-ci) et André Benjamin, qui ferait bien de se limiter à ses activités de chanteur pour le groupe Outkast, Quatre frères regorge de scènes hallucinantes, comme celle où ces grands gaillards décérébrés rêvent de leur mère adoptive (une mamie Nova permanentée et donneuse de leçons) la bouche ouverte et l’œil humide, avant d’aller abattre froidement leurs ennemis tout en s’échangeant des subtilités comme « tapette » ou « suceur de bite » (si, si).
Le personnage féminin principal est une Porto-Ricaine lubrique dont le seul souci est de s’envoyer en l’air avec son petit ami sur la machine à laver en mode essorage, et le méchant (Chiwetel Ejiofor, qu’on a connu plus inspiré chez Stephen Frears et Woody Allen), à force de gesticuler en agitant son manteau en fourrure, est aussi effrayant que Louis de Funès dans L’Avare. Des quatre frères du titre, trois survivront : l’homo supposé est abattu en cours de film, ce qui laisse songeur sur les idéaux familiaux de Singleton… On pourrait encore disserter longtemps sur ce qui restera sans doute dans les annales comme l’un des summums de beaufitude du cinéma américain récent. Mais on a mieux à faire.