© Program Store
Brian Jones et les Rolling Stones

Brian Jones et les Rolling Stones

de Nick Broomfield

  • Brian Jones et les Rolling Stones
  • (The Stones and Brian Jones)

  • Grande-Bretagne2023
  • Réalisation : Nick Broomfield
  • Scénario : Nick Broomfield, Marc Hoeferlin
  • de : Nick Broomfield
  • Image : Tristan Copeland, Marc Hoeferlin, Sam Mitchell
  • Son : Bob Jackson, Dan Weinberg
  • Montage : Marc Hoeferlin, Jan Lefrançois-Gijzen
  • Musique : Phil Gregory, Orpheo McCord
  • Producteur(s) : Dan Braun, Josh Braun, Nick Broomfield, Marc Hoeferlin, Kyle Gibbon, Shani Hinton
  • Interprétation : Nick Broomfield, Brian Jones, Bill Wyman, Keith Richards, Linda Lawrence, Pat Andrews, Michael Lindsay-Hogg...
  • Distributeur : Program Store
  • Date de sortie : 19 février 2025
  • Durée : 1h33

Brian Jones et les Rolling Stones

de Nick Broomfield

Sans voie ni voix


Sans voie ni voix

Dans l’une des dernières séquences de Brian Jones et les Rolling Stones, documentaire centré sur le membre fondateur du groupe, le témoignage du réalisateur Michael Lindsay-Hogg[1]Dans les années 1960 – 1970, Michael Lindsay-Hogg a réalisé la majorité des vidéoclips musicaux des Stones ainsi que les performances du Rolling Stones Rock and Roll Circus Show (1996). Filmé en décembre 1968, cet évènement est le dernier auquel Brian Jones a participé avant son renvoi du groupe. Les images du Rock and Roll Circus Show dévoilent, quelques mois avant sa mort, la déliquescence du musicien. révèle la fragilité mentale et physique du musicien, quelques mois avant sa mort. Ostracisé par les autres membres – surtout Mick Jagger et Keith Richards, qui lui reprochent de ternir leur image par sa consommation abusive de drogues et d’alcool – Jones annonce en pleurs au réalisateur qu’il ne participera pas au tournage du Rock and Roll Circus Show (programme télévisuel filmé en 1968 pour promouvoir l’album Beggars Banquet). Lindsay-Hogg le rassure alors en lui demandant : « Que seraient les Rolling Stones sans toi ? ». Le nouveau film de Nick Broomfield remet sur le métier la question du rôle essentiel qu’a joué le musicien dans l’histoire du groupe. Sorti d’abord en mai 2023 sur BBC Two, ce « rockumentary » multiplie les dispositifs caractéristiques du film d’archives – acteur lisant en off des textes de Brian Jones, fondus et superpositions des images, animations des archives photographiques, fond sonore omniprésent, etc. – pour présenter une variété de témoignages, mêlant entretiens inédits et archives sonores plus anciennes. Mais en relatant de la sorte le rise and fall de Brian Jones, le documentaire tombe dans l’écueil de réduire la carrière du guitariste à une série d’anecdotes. Sa seule présence suffit à justifier le réemploi d’images d’archives parfois accessoires : les nombreux ralentis s’attardant uniquement sur le guitariste, dans les loges ou sur scène, ne font pas de lui un être de chair et de sang, mais plutôt une surface déjà évanescente. Censé sublimer Brian Jones, ce procédé artificiel révèle d’autant plus le charisme des autres membres du groupe.

Centré sur ses conquêtes amoureuses et sa chaotique vie médiatique, Brian Jones et les Rolling Stones s’intéresse moins au musicien qu’au portrait mythifié d’un homme en proie à ses démons – sa relation contrariée avec ses parents, ses diverses addictions, ou encore sa rivalité grandissante avec Mick Jagger –, au point que les séquences musicales sont réduites à de simples ponctuations illustratives dans le rythme effréné du montage. De nombreux morceaux extradiégétiques accentuent par ailleurs cet effet de contextualisation : alors que le père de Brian Jones raconte qu’il n’approuvait pas le comportement de son fils, l’air de la Sonate au clair de Lune de Beethoven retentit pour illustrer une photographie des parents de Jones au piano, quand le « Tutti Frutti » de Little Richard, supposé incarner l’ambiance du Filby’s Jazz Club de Cheltenham[2]Organisé par Mrs. Filby et ses filles dans le sous-sol de leur maison, ce jazz club informel organisait des concerts live de jazz. Le jeune Brian Jones s’y rendait avec sa guitare, en quête de liberté. fréquenté par l’adolescent dissident, prend ensuite le relai. En somme, la musique a surtout valeur d’habillage : de ce qu’elle recouvre, on ne saura pas grand-chose. Seul Bill Wyman, l’ancien bassiste des Stones, s’attarde sur la carrière musicale de son ami. Dans son bureau, Wyman fait écouter quelques musiques du groupe, en lançant par exemple « Little Red Rooster » sur son ordinateur, avant de mimer, face caméra, le slide du guitariste : « It’s Brian, with the slide (…) You see, he’s making the song ! » Le documentaire ne prolongera toutefois pas les explications du bassiste en montrant en quoi ce slide est un hommage au « Red Rooster » de Willie Dixon et surtout un geste musical précurseur dans l’Angleterre de 1965. L’entretien est symptomatique de la limite du film : survolant de manière scolaire les sujets, il ne permet pas d’éclaircir la manière dont le premier leader des Stones s’est approprié le blues américain des années 1950.

Notes

Notes
1 Dans les années 1960 – 1970, Michael Lindsay-Hogg a réalisé la majorité des vidéoclips musicaux des Stones ainsi que les performances du Rolling Stones Rock and Roll Circus Show (1996). Filmé en décembre 1968, cet évènement est le dernier auquel Brian Jones a participé avant son renvoi du groupe. Les images du Rock and Roll Circus Show dévoilent, quelques mois avant sa mort, la déliquescence du musicien.
2 Organisé par Mrs. Filby et ses filles dans le sous-sol de leur maison, ce jazz club informel organisait des concerts live de jazz. Le jeune Brian Jones s’y rendait avec sa guitare, en quête de liberté.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !