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Vermiglio ou La Mariée des montagnes

Vermiglio ou La Mariée des montagnes

de Maura Delpero

  • Vermiglio ou La Mariée des montagnes
  • (Vermiglio)

  • Italie, France, Belgique2024
  • Réalisation : Maura Delpero
  • Scénario : Maura Delpero
  • Image : Mikhail Krichman
  • Décors : Pirra
  • Costumes : Andrea Cavalletto
  • Son : Dana Farzanehpour, Herve Guyader, Emmanuel de Boissieu
  • Montage : Gian Luca Mattei
  • Musique : Matteo Franceschini
  • Producteur(s) : Francesca Andreoli, Carole Baraton, Tatjana Kozar
  • Production : Cinedora, Rai Cinema, Charades Productions, Versus Production
  • Interprétation : Giuseppe De Domenico (Pietro), Martina Scrinzi (Lucia), Tommaso Ragno (Cesare)...
  • Distributeur : Paname distribution
  • Date de sortie : 19 mars 2025
  • Durée : 1h59

Vermiglio ou La Mariée des montagnes

de Maura Delpero

Trois sœurs et quatre saisons


Trois sœurs et quatre saisons

Dans l’immensité des montagnes italiennes résonnent les cloches de l’église et les prières des habitant·es. La fin de la guerre, la survie d’un enfant ou la rédemption : chacun.e espère un avenir meilleur. Après Maternal (2019), Maura Delpero poursuit son exploration de la sororité et de la maternité en s’intéressant ici au destin de trois sœurs durant la dernière année de la Seconde Guerre mondiale. Au cœur de l’hiver, l’arrivée de Pietro, un déserteur sicilien taciturne, vient bousculer l’équilibre villageois et familial de Vermiglio (le petit village reculé du nord de l’Italie qui donne son titre au film), jusqu’à son mariage avec Lucia, l’aînée. À travers le regard des sœurs, la vie quotidienne rurale est dépeinte à la manière d’un tableau, dans un clair-obscur qui, s’il manque parfois d’originalité, convainc par sa précision. Les trois premiers plans, fixes, donnent le ton : on y voit des enfants qui dorment, la traite d’une vache et un petit déjeuner familial, le tout dans un silence quasi total. Le film apparaît ainsi rapidement comme un enchevêtrement de cartes postales au charme désuet, dont la photographie de Mikhail Krichman accentue les contrastes. Si l’esthétique est à la fois minimaliste et expressive, elle frôle par endroits la littéralité, en faisant par exemple correspondre saisons et états d’âme (aux deuils correspond la dureté de l’hiver, et aux printemps l’espoir des naissances). Vermiglio intéresse davantage dans son traitement du silence : la cinéaste laisse le temps d’exister aux chuchotements et aux regards en biais, sans jamais presser ses scènes ou ses personnages. Maura Delpero opère de la sorte un déplacement par rapport à la guerre, puisque les combats sont ici maintenus hors champ. Le bruit des avions reste lointain et vient à peine perturber le silence, parfois assourdissant, du village. Mais le film ne résiste pas toujours à son propre piège, celui d’une mise en scène qui contrebalance son mystère par du signifiant. On le constate en particulier dans l’utilisation de la musique : aux airs de Chopin et aux Quatre saisons de Vivaldi pour dire la mélancolie du temps qui passe, on aurait préféré le silence total.

Gratter la surface

Vermiglio dresse aussi le portrait d’une famille habitée par le secret, sous le joug des injonctions religieuses et bellicistes de l’époque – tragiquement toujours d’actualité. Plusieurs non-dits (un ventre arrondi sous une robe, un passé trouble ou la découverte de la masturbation) émaillent le film qui, s’il donne une place plus grande à l’histoire de Lucia et Pietro, laisse ses autres personnages se développer et exister à part entière. Cette manière de préférer « l’arrière » au front lui permet de faire passer au premier plan des personnages que la logique guerrière laisse à la marge : les hommes âgés et les femmes. Le film se concentre sur une maison réunie autour d’un patriarche, mais aussi et surtout d’une bande de sœurs, et s’inscrit ainsi dans la tradition littéraire et cinématographique de la représentation de la sororité. À l’image des filles du docteur March, celles de Cesare Graziadei seront classées selon des impératifs économiques et patriarcaux qui privent certaines d’entre elles d’éducation. Ainsi de la cadette, Ada ; lorsque ses parents parlent d’elle comme si elle n’était pas dans la pièce, la caméra se fixe sur son visage éteint, pour donner droit à son point de vue. La jeune femme trouvera malgré tout des ruses (pas toujours très catholiques) pour échapper à l’obéissance et à la soumission, fatalités d’un destin féminin qu’on lui impose. La peine, la résilience et la culpabilité composent une bulle autour du personnage, dans laquelle la caméra nous fait entrer avec douceur. La construction des protagonistes est à ce titre habile et dépasse la qualification récurrente des sœurs en fonction de leur position dans la famille (l’aînée indépendante, la cadette discrète et la benjamine rebelle). Curieusement, le film, quand bien même il se positionne du côté des femmes, trouve son allégorie dans un geste du père : après la traditionnelle photo de famille prise lors du mariage de sa fille, Cesare scrute à la loupe le visage de son gendre, comme s’il cherchait un secret à déceler dans l’image. À la fois romantique et austère, le film de Maura Delpero répond à la même logique en cherchant à gratter la surface d’existences féminines prédéterminées.

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