© Épicentre Films
Des enfants qui s’aiment

Des enfants qui s’aiment

de Gilles Volta

  • Des enfants qui s’aiment

  • France2005
  • Réalisation : Gilles Volta
  • Scénario : Zaïda Ghorab-Volta
  • Image : Ali Lakrouf
  • Montage : Claudio Martinez
  • Musique : François Narboni
  • Producteur(s) : Zaïda Ghorab-Volta, Bénédicte Mellac
  • Interprétation : Elbera Volta (Éliane), Marie Balmelle (Anne), Félicie Roger (Juliette), Nina Franchetti (Béatrice), Sabrina Franchetti (Chantal), Karim Fathi (Serge), Jalal Fathi (Olivier), Dorothée Decoene (Pascale), Yannick Le Perff (le père)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 16 novembre 2005
  • Durée : 1h17

Des enfants qui s’aiment

de Gilles Volta

La montagne c'est beau, la vie c'est moche


La montagne c'est beau, la vie c'est moche

Éliane, petite fille de neuf ans aux grands yeux tristes, vit au milieu d’une bande de crétins : sa famille. Comme elle n’a pas encore l’âge de voler de ses propres ailes, la gamine n’a pas d’autre choix que de se les coltiner pendant les vacances d’été à la montagne. D’un sujet grave, Des enfants qui s’aiment est l’exemple type du film qui ne sert à rien, sinon susciter la compassion d’un spectateur agacé de voir un réalisateur mettre sa propre petite fille dans des situations aussi ridicules que malsaines.

Des enfants qui s’aiment est le type de film qui pose problème pour l’exercice critique. Peut-on juger de la qualité d’un long métrage indépendamment de son contexte de production ? Question qui n’a cessé d’alimenter les débats et à laquelle François Truffaut avait rétorqué que toute appréciation d’un film fini devait se faire en totale abstraction d’éventuels problèmes rencontrés sur le tournage. Mais le cas du dernier film de Paul Vecchiali, À vot’bon cœur, ne pouvait nous faire oublier que, malgré tout le talent dont un auteur peut faire preuve, si les financements sont totalement absents, la qualité du film en pâtit forcément et son ambition est sans cesse contrariée. Le premier film de Gilles Volta pourrait peut-être s’inscrire dans cette lignée tant le manque de moyens se fait sentir à chaque plan. Néanmoins, cela ne justifie pas toujours le naufrage d’un projet et ne doit pas pour autant susciter une indulgence malvenue qui mêlerait condescendance et absence de foi dans le cinéma. Car Des enfants qui s’aiment doit son ratage à son manque absolu de générosité, à son incapacité chronique à faire exister les personnages, mais surtout, à confondre tragédie et pathétisme.

L’histoire est édifiante : Éliane (Elbera Volta, fille du réalisateur) est une petite fille de neuf ans atteinte de surdité. Partie en vacances à la montagne avec sa famille, la gamine traîne sa mélancolie entre une mère lunatique et peu aimante (jouée sans aucune profondeur par Marie Balmelle), un grand frère violent qui la frappe sans retenue et deux grandes sœurs aussi sadiques que les belles-sœurs de Cendrillon. Éliane souffre bien évidemment le martyre dans cette famille hallucinante de stupidité. Dans un premier temps, on espère – vainement – que la petite fille aux grands yeux tristes se transforme en Pierre Rivière et qu’elle égorge chaque membre de sa tribu, histoire de soulager les pulsions meurtrières du spectateur peu habitué à voir un spectacle autant affligeant que désespérant. Il n’en sera rien. Éliane endurera tout sans broncher : l’hystérie de sa mère, les trempes de son frère, la méchanceté de ses sœurs, les maladresses de l’assistante sociale, le retour inespéré puis le désaveu de la plus grande des sœurs, et enfin les attouchements d’un trentenaire. Seul son père, un incompris comme elle qui frappe sa femme pour exister, fera une brève apparition. Le tout, en 1h17. Ouf !

Passons sur la mise en scène – sans intérêt – qui prétend offrir un beau contrechamp au désespoir d’Éliane, à savoir la montagne, à la fois sauvage et libre. Formidable. Difficile de comprendre ce qui a pu motiver un projet aussi exécrable, d’une laideur rarement atteinte dans le cinéma français. Comment peut-on se satisfaire d’une galerie de portraits aussi antipathiques (servis par de très mauvais acteurs) pour nourrir son propos ? Mais surtout, comment peut-on accepter d’infliger le rôle d’Éliane à sa propre fille ? Pire que le nauséabond The Magdalene Sisters de Peter Mullan (les personnages féminins y étaient davantage victimes du sadisme du réalisateur dont le propos était trahi par une détestable complaisance), Des enfants qui s’aiment prouve parfois que la fiction peut se nourrir exclusivement du malheur des autres mais ne jamais rien lui devoir.

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