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L’amour, c’est surcoté

L’amour, c’est surcoté

de Mourad Winter

  • L’amour, c’est surcoté

  • France2024
  • Réalisation : Mourad Winter
  • Scénario : Mourad Winter
  • Image : André Chemetoff
  • Décors : Arnaud Roth
  • Costumes : Noémie Veissier
  • Montage : Mickael Dumontier
  • Musique : Bachar Mar-Khalifé
  • Producteur(s) : Elias Belkeddar
  • Production : Iconoclast Films
  • Interprétation : Hakim Jemili (Anis), Laura Felpin (Madeleine), Benjamin Tranié (Paulo), François Damiens (Françoisà), Abdulah Sissoko (Sékou), Alassane Diong (Isma), Steve Tientcheu (Doum's), Saïda Jawad (la mère d'Anis), Abbes Zahmani (le père d'Anis), Clotilde Courau (la thérapeute)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 23 avril 2025
  • Durée : 1h38

L’amour, c’est surcoté

de Mourad Winter

Ne riez surtout pas


Ne riez surtout pas

« Freud qui baise avec sa mère, c’est pas pour moi », avoue Anis (Hakim Jemili) à sa psy (Clotilde Courau). La scène n’est pas loin de conclure L’Amour, c’est surcoté et il faut peut-être y voir un point d’aboutissement, sinon une forme d’apogée : par amour pour Madeleine (Laura Felpin), le triste Anis accepte le principe d’une thérapie pour ne plus avoir à porter le deuil de son ami d’enfance, Isma. Sa conversation avec la psy, tout comme les flashbacks relatifs à l’ami disparu, infiltrent la comédie de Mourad Winter avec une telle insistance qu’il est difficile de ne pas y voir l’objet même du film : un chemin de résilience bordé de larmes – celles-là même qu’Anis finira par laisser couler devant Madeleine, qui l’attend dans un couloir après sa séance.

Quel message se cache sous un tel schéma narratif ? Sûrement pas celui d’une critique : on aurait aimé que le film tourne en dérision son récit bourgeois bien propre sur lui, où rien de charnel n’advient à l’écran (les personnages passent leur temps à évoquer l’idée de « ken » sans jamais passer à l’acte). On aurait aimé aussi que la différence sociale entre Anis et Madeleine (la banlieue pour lui, le centre de Paris pour elle) soit pointée avec un peu plus d’ironie, voire avec une cruauté qui fait partie intégrante de la comédie, quand elle est réussie. Mais dès que le fossé social devient un peu trop apparent, par exemple lorsqu’un ami d’Anis, Doum’s, caricature du lascar de banlieue, débarque dans une soirée, les conflits potentiels sont désamorcés en une vanne et l’on passe vite à la scène suivante. Tout le film donne alors l’impression de s’excuser pour la gêne que ses rares saillies humoristiques pouvaient occasionner et d’être ainsi une comédie sans cesse empêchée, ne sachant pas elle-même de quoi elle peut rire. L’exemple le plus criant de cette gêne se situe dans une scène de dîner de famille chez les parents de Madeleine, où Anis apprend que la sœur de celle-ci a fait sa transition de genre. Ne cherchant pas à développer le comique de la situation ni à jouer sur le trouble que suscite cette révélation, le film tombe d’emblée dans la grivoiserie (Anis se demandant qui, de lui ou de la sœur, a la plus grosse), tout en confiant à François Damiens le rôle lunaire d’un père hyper progressiste, qui lance à Anis : « Vous n’êtes pas woke, vous ! »

Conscient d’avoir dépassé les limites, Anis va avouer sa mauvaise blague à sa psy, ce qui lui vaudra un regard particulièrement réprobateur. L’Amour, c’est surcoté offre en cela un exemple assez intéressant de comédie sous contrôle, où le rire un peu bête et méchant (mais le rire est-il toujours subtil ?) semble filtré par les injonctions d’une comédie mainstream qui ne supporterait pas le moindre écart, ni la moindre perturbation. Qu’Anis se rassure donc : Freud ne va pas l’empêcher de dormir. Entre son humour beauf et son parcours de résilience, le film a tranché pour la seconde option, plus payante que la première, bien qu’elle soit totalement dépourvue de drôlerie.

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