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D’un monde à l’autre

D’un monde à l’autre

  • D’un monde à l’autre

  • France2025
  • Scénario : Jérémie Renier
  • Image : Fabien Ruyssen
  • Son : Louis Bart, Matthieu Autin, Marco Casanova
  • Montage : Bruno Tracq, Léo Parmentier
  • Musique : Pierre Aviat, Loup Mormont
  • Production : Chi-fou-mi, Vixens
  • Interprétation : Jérémie Renier (lui-même), Loury Lag (lui-même)
  • Distributeur : Pan Distribution
  • Date de sortie : 9 juin 2026
  • Durée : 1h15

D’un monde à l’autre

Pas d'autre monde


Pas d'autre monde

Il faut un cinéaste aux reins solides pour mener pareil projet. D’un monde à l’autre est un documentaire de et avec Jérémie Renier, où l’acteur part en Arctique pour une très longue marche sur la banquise en compagnie d’un explorateur français, Loury Lag. Dès le début, cet exploit physique est présenté comme un moyen pour Renier de conjurer la mort de son meilleur ami, dont on comprend qu’il s’agit de Gaspard Ulliel, même si son nom n’est pas cité avant le carton final, qui révèle que le film lui est dédié. Sujet casse-gueule : Renier entend chausser des skis (soit précisément les conditions dans lesquelles UlIiel a eu son accident fatal !) pour s’approcher au plus près de la mort, dans un désert de glace peuplé de nombreux dangers – froid extrême, ours polaires, crevasses, etc. Le premier écueil dans lequel tombe le film tient à la présence de Renier à tous les niveaux, puisqu’il est à la fois le personnage principal, le réalisateur, le narrateur et sur place le producteur effectif du documentaire (on le voit durant l’essentiel du film superviser avec soin la bonne tenue des opérations, tandis que Loury progresse dans un premier temps seul). Le geste est sincère, mais n’échappe pas à une forme de maladresse. C’est le cas, par exemple, des scènes où Renier fait face aux difficultés et au passé douloureux de Loury, qui est passé par la case prison. Lorsqu’il le confronte, après avoir découvert avec désarroi que l’explorateur a fourni à la production du documentaire des factures frauduleuses, Renier filme moins l’homme cabossé avec empathie qu’il ne se filme en train de montrer son empathie. Involontairement, D’un monde à l’autre échoue ainsi à se confronter à une altérité et reste de bout en bout verrouillé du côté de Renier, qui rabat l’odyssée effective sur un voyage intérieur porté par un texte appuyé et des effets pseudo-poétiques – musique élégiaque, diffraction des plans, visions élégantes du vent sur la neige, etc.

L’autre souci, c’est la part de subterfuge sur lequel repose le périple, dont le principe cathartique rappelle lointainement celui de Sur le chemin des glaces de Werner Herzog, journal retraçant la marche sur plusieurs semaines du cinéaste allemand pour rejoindre son amie Lotte Eisner, hospitalisée à Paris et gravement atteinte d’un cancer. Dans le dernier acte du film, Renier, qui est pour l’instant resté en périphérie de l’avancée de Loury (en retrouvant l’explorateur lors de ses arrêts dans des villages afin de se ravitailler), l’accompagne dans sa traversée du monde glacé. Ce bout du voyage est présenté comme une entreprise dangereuse pour les deux hommes, ramenés à leur extrême solitude et précarité, quand la mise en scène, à coup de plans de drone, de plans larges distanciés ou de champs-contrechamps trop précis, ne cesse pourtant de pointer la présence hors champ d’une équipe technique. Si les difficultés rencontrées par les comparses sont réelles, on sent comment le récit prend ici le pas sur leur captation réelle ; le film fait mine que les deux hommes sont livrés à eux-mêmes. De fait, Renier n’aura pas vraiment fait œuvre de documentariste – cf. la multiplication de scènes et plans très courts réduits à une dimension fonctionnelle, illustrative ou cosmétique. Le paysage comme la spécificité du dispositif s’apparentent en définitive à un écrin pour raconter son trajet intime, au risque de passer à côté de cet « autre monde » promis par le titre.

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