Nightborn affiche une ambition claire : convoquer les mythes horrifiques du folklore finnois pour à la fois dépeindre les difficultés de la matrescence[1]Concept récent qui désigne la transformation psychologique et émotionnelle d’une femme après être devenue mère.et critiquer la violence insidieuse des modèles familiaux néoconservateurs. Le film s’ouvre sur l’arrivée de Saga (Seidi Haarla) et son mari Jon (Rupert Grint) dans l’ancienne demeure familiale de la première, située au cœur d’une forêt finnoise. Ce retour aux sources pour l’héroïne est d’office présenté comme un enclavement et une régression idéologique : elle quitte son emploi afin de se consacrer pleinement à l’éducation de leur nouveau-né et d’éventuelles grossesses à venir. Le rêve du couple tourne au cauchemar lorsque la maison devient le théâtre d’un étouffement anxiogène entre la mère et son enfant inquiétant. Dès son apparition, il est figuré comme une sorte de démon ponctionnant son sein jusqu’au sang ; se nourrissant exclusivement de viande crue, le nourrisson est par ailleurs constamment plongé dans le noir, dissimulé hors champ ou par des éléments du décor. Ce parti pris esthétique laisse planer le doute : s’agit-il d’une figure monstrueuse ou ce que l’on voit est-il la projection mentale d’une jeune mère épuisée ? Si ce versant horrifique lorgne vers Rosemary’s Baby, le film peine à tirer de ce programme une forme inspirée : la tension s’amenuise alors que la mise en scène s’enlise dans une succession de champs-contrechamps télévisuels ponctuant des scènes de ménage consacrées à la charge mentale du foyer.
Trop corseté dans les murs de la maison, le récit va plutôt chercher une horreur organique dans les bois avoisinants. S’appuyant sur les croyances animistes, le récit nous montre une maison encerclée par une forêt peuplée de haltijas, des esprits protecteurs prenant l’apparence d’arbres mouvants. L’idée d’une mère alliée à la nature se met à croître lorsqu’une plante repousse inlassablement sous le berceau de l’enfant. Jon la déracine de multiples fois, mais la forêt semble devenir de plus en plus forte (jusqu’à ce que les murs extérieurs de la maison soient recouverts de végétaux) à mesure que les injonctions patriarcales du mari se multiplient. Si cette métaphore écoféministe est limpide dans sa charge, elle verse toutefois dans une imagerie numérique assez grotesque qui peine à matérialiser cette présence surnaturelle. Ce qui n’empêche pas le film de s’enferrer jusqu’au bout dans son concept. Ainsi, la symbolique prend le pas sur la tension dans un climax où la nature se charge d’empaler littéralement Jon après qu’il a menacé son épouse de disparaître avec leur enfant. Une fois la menace patriarcale éliminée, un nouvel équilibre s’installe avec l’arrivée d’un nouvel arbre majestueux au sein de la maison, tandis que le garçon rejoint le jardin luxuriant aux côtés de sa mère ; son visage nous apparaît pour la première fois avec un large sourire. Nightborn s’achève alors en révélant sa véritable nature : celle d’une fable sociologique qui n’aura envisagé l’horreur que comme un prétexte.
Notes
| ↑1 | Concept récent qui désigne la transformation psychologique et émotionnelle d’une femme après être devenue mère. |
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