Critikat doit désormais conjuguer avec les paradoxes d’une double identité : celle d’une revue à la fois vieille et jeune. Vieille, parce qu’au-delà de sa longévité (vingt-deux ans, tout de même), Critikat repose sur un modèle collectif qui n’est plus dominant dans le champ de la critique Internet, où d’autres formats font florès (microblogging, podcasts, pages Substack et autres). Jeune, en ce que la revue regroupe une majorité de contributeurs et contributrices de moins de trente ans, mais surtout parce qu’elle est animée par un désir de renouvellement constant dans la manière d’envisager la pratique critique. Car une revue, ce n’est pas qu’un agglomérat de plumes et de regards, mais un espace collectif où l’on peut penser les films et le cinéma en dehors du seul rythme industriel des sorties ; un espace de réflexion commune mais accueillant des voix singulières ; un espace dans lequel chaque texte contribue directement ou indirectement à consolider une vision partagée à la fois du cinéma et de la manière dont on en parle. Cet horizon est, avec l’indépendance et la liberté de ton, la préoccupation première de la revue, qui profite de cette rentrée pour dresser une feuille de route qui s’annonce chargée.
Qu’attendre de l’année à venir ? Pêle-mêle, la mise en chantier d’un troisième numéro papier, le retour des tables rondes, une série d’entretiens sur la production en France, ainsi que de nouvelles chroniques. Outre la poursuite de Parallax, Portraits d’Amérique et L’Après-coup, la revue accueillera bientôt une chronique sur le cinéma d’horreur au féminin, une autre sur la musique et le cinéma… mais aussi un pôle de réflexion sur les images médiatiques de la campagne électorale à venir et plus globalement sur le climat politique dans lequel baigne la France actuellement. C’est un sujet qui risque d’innerver nombre de nos publications dans les mois à venir, dans les plis des critiques comme de textes spécifiquement dédiés à la question : quelle place doit occuper – et selon quelles modalités – la critique dans la bataille culturelle qui se joue en ce moment ? Il va sans dire, alors que l’extrême droite peut accéder au pouvoir en mai prochain et que ses thèmes polluent l’espace médiatique, qu’on ne peut pas faire aujourd’hui de la critique comme si de rien n’était. Allez, c’est l’heure de se retrousser les manches – et de vous souhaiter, tout de même, une bonne rentrée.