Le Principe d’Archimède

Le Principe d’Archimède

de Gerardo Herrero

  • Le Principe d’Archimède
  • (El Principio de Arquímedes)

  • Espagne2004
  • Réalisation : Gerardo Herrero
  • Scénario : Belén Gopegui
  • Image : Alfredo F. Mayo
  • Montage : Carmen Frías
  • Musique : Lucio Godoy
  • Producteur(s) : Gerardo Herrero, Javier López Blanco, Mariela Besuievski
  • Interprétation : Marta Belaustegui (Sonia), Roberto Enríquez (Mariano), Blanca Oteyza (Rocio), Alberto Jiménez (Andrès), Vicky Peña (Carmen), Manuel Morón (Nicolas)
  • Date de sortie : 12 juillet 2006
  • Durée : 1h41

Le Principe d’Archimède

de Gerardo Herrero

Naïveté des échanges en milieu tempéré


Naïveté des échanges en milieu tempéré

Comme on nous le rappelle, selon le principe d’Archimède, pour flotter, il faut pousser. Au cinéma, pousser un sujet dans ses retranchements sociaux, émotionnels et purement humains peut-être. C’est justement ce que Gerardo Herrero ne parvient jamais à faire dans son histoire d’amour et de travail. Sonia, working-girl parfaite, mère de famille surchargée mais accomplie, est mariée à Andrés, un architecte qui monte, qui monte. Leurs voisins du dessus, Rocio, mère elle aussi mais au chômage, et Mariano, sont plus modestes financièrement et humainement. Mais tout change dans les couples et les statuts sociaux lorsque Rocio prend la place de Sonia à la maison comme au bureau. Entre une vision naïve des luttes sociales et une incapacité à former une véritable image, le film provoque un ennui certain empreint parfois d’énervement.

Concilier l’amour et le travail, se méfier de l’ambitieuse qui sommeille en votre voisine et vous plante un poignard dans le dos, trouver sa vérité… Voici les thèmes peu originaux mais tout de même exploitables de ce film espagnol. Gerardo Herrero a voulu faire, dit-il, « un film social qui parle du monde individualiste dans lequel nous vivons et de son contraste avec le collectif qui est un concept pratiquement oublié ». Sans contredire une image un peu simpliste de ce bas monde, on peut d’ores et déjà souligner que la satire sociale à laquelle le réalisateur nous invite est en fait une banale bluette. Certes, on assiste à trois réunions syndicales et une rébellion assez ridicule de salariés lors d’une conférence de presse filmée à grands coups de gros plans sur les pieds qui tapent le sol en signe de désapprobation et de visages triomphants. Certes, il y a dans le scénario une inversion des rôles entre Sonia, femme d’affaires de talent qui dégringole en bas de l’échelle sociale, alors que Rocio, femme au foyer dans les premiers instants du film, devient la mangeuse de petits employés dès que son grade le lui permet.

Mais l’inversion est surtout sentimentale puisque les deux femmes s’échangent leurs maris. La morale de l’histoire ? On peut être apparemment impitoyable en affaires et se révéler une grande amoureuse dédaignant le luxe au profit de l’eau fraîche, très utile en ces temps de canicule. On peut aussi être apparemment une modeste femme au foyer et devenir le pire des requins. Mouais, aurait-on tendance à dire. L’argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue. Il n’est pas grave d’avoir perdu son emploi si l’on est aimé. Qui vole un œuf vole un bœuf… et tous les syndicalistes se réunissent en assemblées secrètes par peur du vilain patronat qui ne cherche qu’à les appauvrir. Si le message du film est tellement naïf et mielleux qu’il en devient douteux ou moralisant, on déplore également l’absence de perspective cinématographique.

Les amourettes des deux couples sont filmées sous la pluie ou dans un clair-obscur propice à l’intimité. Les baisers n’ont aucune sensualité tant ils sont soulignés par les gros plans. Les regrets et désirs des personnages deviennent insignifiants tant ces derniers sont prévisibles. Car il est bien question du manque total d’inventivité de Gerardo Herrero, qui signe une sitcom améliorée (c’est-à-dire sans les rires du public). Les acteurs se défendent, surtout Marta Belaustegui (Sonia) et Roberto Enríquez (Mariano), mais ne parviennent jamais à insuffler la moindre émotion dans un ensemble aussi plat. On s’étonne donc que Tornasol Films, qui avait produit non sans risque des films comme El Aura de Fabián Bielinski, s’attache à montrer ce qui aurait dû rester au stade du téléfilm du samedi soir.

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