Leviticus suit Naim et Ryan, deux adolescents dont l’attirance réciproque est rapidement découverte par leurs familles respectives, catholiques et très conservatrices. Pour réprimer ce désir tenu pour impie, les deux garçons sont soumis à un étrange rituel au cours duquel un prêtre leur inocule une forme de malédiction. Une entité maléfique qu’eux seuls peuvent percevoir les tourmente alors, prenant alternativement, selon le personnage sur lequel est centrée l’action, le visage de l’être aimé – même si, pour l’essentiel, le récit reste arrimé au point de vue de Naim (Joe Bird). Le film tresse ainsi plusieurs motifs familiers du cinéma d’horreur : la répression du désir, le poids de la communauté religieuse, l’association du sexe à la menace de la mort. Sur le papier, son dispositif possède une certaine originalité métaphorique, en ce que la malédiction ressemble à une forme de thérapie de conversion radicalisée : l’entité n’est plus là pour anesthésier le désir des personnages, mais littéralement les tuer en prenant les atours du supposé « péché ».
Si ce postulat ouvre sur un principe d’ambivalence (les personnages sont tiraillés entre désir et méfiance), les scènes horrifiques reproduisent hélas presque toutes le même schéma : Naim est suivi par la menace, hésite un instant pour voir s’il s’agit de Ryan, avant qu’une course-poursuite sans grande invention ne s’engage. Le problème, à mesure que la mécanique se répète, tient au fait que le doute n’existe pratiquement plus : le spectateur reconnaît souvent le piège avant Naim lui-même, au point de s’agacer de le voir encore s’y laisser prendre. On pense notamment à cette scène où Naim reçoit chez lui la visite de Ryan, qui le suit en débardeur seul dans la nuit. S’il est évident qu’il y a anguille sous roche (cf. les inflexions de tons sombres du personnage), Naim va jusqu’à embrasser le double maléfique qui, sans surprise, l’agresse aussitôt. En définitive, ces multiples face-à-face ne complexifient pas l’argument initial ; elles reconduisent inlassablement l’idée que l’être désiré est retourné contre celui qui l’aime.
Aux deux tiers du film, une autre voie semble pourtant s’esquisser. Les deux garçons comprennent que, pour ne plus être dupés par la présence, ils doivent rester ensemble ; une solution toutefois intenable, tant la pression de leur entourage les contraint précisément à se séparer. Le film touche alors à une contradiction assez féconde : condamnés lorsqu’ils sont ensemble, les personnages le sont tout autant lorsqu’ils ne le sont plus – épousant la formule truffaldienne de La Femme d’à côté, « ni avec toi, ni sans toi ». C’est d’ailleurs lorsque le film négocie ce tournant qu’il trouve sa meilleure scène. Au fond d’un bus, les deux adolescents font l’amour avec une douceur que le film ne leur avait jusque-là jamais accordée. Le cadre finit par délaisser leurs corps pour saisir une main glissant sur la vitre embuée, tandis que la bande-son laisse entendre le ronronnement sourd des roues sur l’asphalte. Un reste d’inquiétude affleure encore dans ce grondement comme dans le regard de Naim, qui semble un temps retenir son désir. Lorsque le personnage lâche enfin prise, on dirait alors que la malédiction s’est rompue : les deux jeunes rigolent et s’embrassent sans peur. C’est sans doute là que le film touche quelque chose de plus juste : non pas en figurant le désir enfreint par la menace, mais la possibilité, aussi fragile soit-elle, de s’y abandonner malgré elle.