Les Particules élémentaires

Les Particules élémentaires

de Oskar Roehler

  • Les Particules élémentaires
  • (Elementarteilchen)

  • Allemagne2006
  • Réalisation : Oskar Roehler
  • Scénario : Oskar Roehler
  • d'après : le roman Les Particules élémentaires
  • de : Michel Houellebecq
  • Image : Carl-Friedrich Koschnick
  • Montage : Peter R. Adam
  • Musique : Martin Todsharow
  • Producteur(s) : Bernd Eichinger, Oliver Berben
  • Interprétation : Moritz Bleibtreu (Bruno), Christian Ulmen (Michael), Martina Gedeck (Christiane), Franka Potente (Annabelle), Nina Hoss (Jane), Uwe Ochsenknecht (le père de Bruno), Corinna Harfouch (Docteur Schäfer), Ulrike Kriener (la mère d'Annabelle)
  • Distributeur : TFM Distribution
  • Date de sortie : 30 août 2006
  • Durée : 1h53

Les Particules élémentaires

de Oskar Roehler

La chair est triste, mais hélas...


La chair est triste, mais hélas...

Amateur du sulfureux, du glauque et de l’humour cynique de Michel Houellebecq, passez votre chemin. Son adaptation à l’écran est une comédie de mœurs qui colle plus au style de son réalisateur qu’aux promesses d’une rencontre visuelle avec l’univers de Michel Houellebecq. Michael et Bruno sont donc demi-frères et n’ont rien en commun, mis à part une mère hippie qui les a abandonnés dans leur prime enfance. Michel s’enferme dans la recherche biologique, Bruno dans celle du plaisir sexuel. Chacun d’eux va rencontrer la femme qui le fera sortir de cette routine et l’obligera à choisir un sens.

La sortie du roman de Michel Houellebecq avait provoqué probablement beaucoup plus de remous que ce film n’en engendrera. Pour une simple raison : le roman français, sorti en 1998, et vendu à plus de cinq cents mille exemplaires, avait le goût de la provocation, de la peinture vitriolée d’une société contemporaine en décadence. Le film n’a que le goût d’histoires d’amour réussies ou ratées, et du peu de finesse cinématographique qu’accorde Oskar Roehler aux quêtes existentielles de ses personnages. L’ensemble est trop schématique pour être bien honnête. S’il est vrai que la difficulté d’adapter un tel roman d’humeur au cinéma est bien réelle, il n’en est pas moins surprenant de constater que le ton du film est beaucoup plus neutre, beaucoup plus sobre que celui du livre.

La structure littéraire était éclatée, le style collait au temps présent, celui qui cite les marques sans hésiter, celui qui s’inscrit dans la recherche du sens juste plus que du mot juste : Oskar Roelher, certainement pour donner une unité à son film, a préféré l’évidence dramatique, avec plans explicatifs et lumières changeantes en permanence. Son film, et c’est un comble, frôle l’académisme dans sa forme alors qu’il n’arrive que très rarement à rendre son propos un brin original tant l’image est classique. Michael est un nounours timoré, vierge à trente-cinq ans, mais sympathique. Son personnage en est presque attachant puisqu’il n’est jamais critiqué par son réalisateur qui plane au-dessus de son film. Bruno est un être plus sombre, plus médiocre aussi, mais on ne tombe jamais vraiment dans sa dépression. Roehler se contente de filmer les deux scènes clés du roman dans les clubs échangistes comme… des scènes clés, que tout le monde attend, et qui sont simplement descriptives.

Comment à la lecture du roman peut-on avoir la tentation du romantisme ? La question est lancée : à la dépression, à la fureur, à la solitude profonde est préféré le silence, la niaiserie parfois, la banalité tout le temps (et cela relèverait presque de l’exploit quand on connaît les différents lieux de l’action). Une fin plus douce a même été préférée à celle de Michel Houellebecq. Certains thèmes, comme l’obsession actuelle du sexe dans la société, et surtout le quasi-devoir de la performance sexuelle comme reconnaissance sociale, sont effleurés, gentiment, dans un cadre peu mobile et une musique quelque peu dégoulinante. Et c’est en fait ce qui déçoit le plus : même sans être amateur inconditionnel du roman, on s’attendrait à plus de justesse sociale, presque plus de cruauté dans la peinture. Le mélange du haïssable et de l’humain ne se fera jamais dans un ensemble bien trop sage.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !