La Méthode

La Méthode

de Marcelo Piñeyro

  • La Méthode
  • (El Método)

  • Espagne, Italie, Argentine2005
  • Réalisation : Marcelo Piñeyro
  • Scénario : Mateo Gil, Marcelo Piñeyro
  • d'après : la pièce El Método Grönholm
  • de : Jordi Galcerán
  • Image : Alfredo F. Mayo
  • Montage : Iván Aledo
  • Producteur(s) : Geraldo Herrero, Francisco Ramos
  • Interprétation : Eduardo Noriega (Carlos), Najwa Nimri (Nieves), Ernesto Alterio (Enrique), Pablo Echarri (Ricardo), Eduard Fernández (Fernando), Carmelo Gómez (Julio), Adriana Ozores (Ana), Natalia Verbeke (Montse)
  • Distributeur : CTV International
  • Date de sortie : 20 septembre 2006
  • Durée : 1h55

La Méthode

de Marcelo Piñeyro

L'homme est un DRH pour l'homme


L'homme est un DRH pour l'homme

Coproduit par Geraldo Herrero (Le Principe d’Archimède), coécrit par Mateo Gil (collaborateur régulier d’Alejandro Amenábar), adapté d’une pièce de théâtre en lieu unique, La Méthode s’annonce comme un huis clos à l’atmosphère étrange et délétère, porteur d’un propos social pertinent. L’intrigue évoque une variation « entreprise » des Dix Petits Nègres. Sept cadres en recherche d’emploi sont invités au même rendez-vous au siège madrilène d’une multinationale, le jour même d’une manifestation monstre des altermondialistes dans la capitale. Sous la tutelle d’un recruteur invisible communiquant par ordinateur et de son énigmatique assistante, ils doivent passer collectivement une suite de tests de réflexion, de communication et de prises de décision — une méthode venue des États-Unis — les amenant à s’éliminer les uns les autres, le dernier en lice acquérant le poste convoité… S’ensuivront cogitations, tractations, manipulations mentales, paranoïa (sont-ils filmés ? l’un d’eux n’est-il pas à la solde de leur recruteur ?), et autres coups tordus et rebondissements, le degré de scrupule et de dignité humaine étant variable d’un candidat à l’autre. Tandis que dehors, les rues s’enflamment… On assiste ainsi à une fable sur la course à la réussite et à la résurgence des instincts primaires de l’être humain qui en découle, le film avançant au gré des coups de Jarnac, des révélations peu reluisantes et des candidats quittant la salle commune la tête basse — une variation comme d’autres sur le thème « l’homme est un loup pour l’homme ».

Si ce processus d’élimination se montre parfois d’une relative finesse psychologique (voir les interventions de la charmante mais redoutable assistante), sa mécanique pure, qui est aussi celle du récit, prend fréquemment le pas sur le fond. Ce n’est pas forcément un mal, hélas, car ce fond, l’étude des rapports sociaux conflictuels, se révèle dans l’ensemble d’une trivialité décevante, flirtant même avec la vulgarité. Pour exemple, cette épreuve en forme de jeu de rôle sur le thème « organisons la vie après la fin du monde » dégénère en illustration caricaturale du retour de l’homme à ses pires penchants, où éclatent grossièrement les tentations fascistes et sexistes. Pire : suite à un nœud sentimental convenu noué au début, c’est le vaudeville qui se mêle bientôt de la partie, avec intrigues dans les toilettes en sus, ce qui donnera lieu plus tard à une grotesque sortie de scène… Nouvelle illustration grossière du retour de l’homme à ses instincts primaires.

« Aux confins de l’humanité »

La mise en scène poussive ne fait rien pour donner de la perspective à cet ensemble peu reluisant : aucune utilisation du décor quasi unique, usage paresseux du champ-contrechamp, éclairage jaunâtre et montage parfois erratique (deux plans maladroits pour montrer un homme se servant un jus d’orange…). Tout au plus se permet-il d’« encadrer » son film de quelques clins d’œil complaisants à Brian De Palma et à son travail sur le voyeurisme : au début le split screen — d’abord censé montrer plusieurs candidats en parallèle, pour ensuite fractionner inutilement la même image d’Eduardo Noriega sur sa moto — et à la fin la vision de Najwa Nimri sur plusieurs écrans vidéo… Cette paresse de la mise en scène trahit l’absence de point de vue cinématographique du réalisateur sur son sujet. Jamais Piñeyro ne tire parti des confrontations sociales — et sexuelles — qui éclatent dans ce milieu clos. De même, il se montre peu inspiré par la mise en parallèle de la violence du libéralisme, qui éclate dans la pièce et retranche les candidats aux confins de l’humanité, et la violence des manifestations altermondialistes au pied de l’immeuble, qu’on ne perçoit qu’épisodiquement en bruit de fond à travers un double vitrage. Ses personnages lâchent bien quelques allusions à la situation socio-économique inquiétante de l’Argentine, et cela semble suffire aux yeux des auteurs pour compléter une œuvre engagée et pertinente…

Difficile d’être indulgent avec une œuvre artistique qui prétend avancer un discours fort en se complaisant à ce point dans la médiocrité.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !