Le réalisateur Mario Andreacchio est un spécialiste du film animalier : dans Napoléon en Australie (1996), il avait déjà conté les péripéties d’un chiot égaré et dans The Real Macaw (Coco le perroquet qui en savait trop, 1998), l’aventure d’un ara qui parle. C’est dire que La Balade des éléphants, un projet qu’il porte en lui depuis bientôt vingt ans, n’est absolument pas une première pour ce cinéaste australien qui a voué sa mise en scène aux enfants de 1 à 7 ans. Il n’en reste pas moins que cette balade n’a ni légèreté, ni charme, ni profondeur, et exclut toute poésie.
Deux éléphanteaux perdent leurs parents, enlevés et massacrés par les « Maléfiques » pour récupérer l’ivoire des défenses. Le frère aîné, Zef, pour ne pas dire la triste réalité, fait croire à son petit frère Boogie que leurs parents ont été transportés sur un arc-en-ciel. Boogie n’a donc plus qu’une idée en trompe : trouver cet arc-en-ciel et dire « je t’aime » à maman éléphante. Sur leur chemin, d’autres orphelins, chimpanzé, girafe, lionceau, vont à leur tour vouloir découvrir ce monde merveilleux.
Introduit sous le label conte africain, La Balade des éléphants est donc un film avec prises de vues réelles et qui met en scène des bêtes d’Afrique du Sud. Cette fable animalière qui se veut universelle et foncièrement humaniste ne donne jamais la parole aux humains (ils crient, ronchonnent, … pour montrer leur animalité) mais laisse ces pauvres animaux en diarrhée verbale. Ils n’arrêtent pas de commenter leurs actions, de dire ce qu’ils font, comment ils le font, etc. Les dialogues sont d’une telle platitude qu’il est étonnant que Jean-François Balmer et Richard Bohringer aient pu porter caution à cette arche de Noé. Cette (im)puissance de la parole est le signe évident d’une grande peur de la part du cinéaste : que le spectateur ne comprenne rien, que les images ne suffisent pas. Erreur fatale et les enfants ne s’y tromperont pas. La Balade des éléphants est un film symptôme, dans cette incapacité narrative à faire passer l’émotion.
Sans parler de la musique (on n’en parlera donc pas), sans parler de la qualité de l’image (de gros grains et les paysages africains sont d’une tristesse), La Balade des éléphants donne envie d’aller revoir des Walt Disney, des dessins animés, Dumbo ou Bambi, finalement un peu d’émotion, de revoir pour le plaisir le travail de Patrick Bouchitey, excitant et impertinent, dans ses dialogues des bêtes. Cette projection humaine, celle de Mario Andreacchio, sur des animaux plus ou moins domptés pour faire une fiction aurait pu jouer sur la poésie, l’émotion, mais ne reste ici dans cette projection que la bêtise humaine.