À la suite de Pau et son frère (2001) et Les Mains vides (2003), le Catalan Marc Recha poursuit une filmographie naviguant entre imagination et réalité. Il croise ici l’autofiction et le documentaire en se mettant lui-même en scène avec son jumeau David, dans leurs propres rôles, à la recherche des traces d’un passé remontant à la République espagnole et la guerre civile. D’emblée, le film, doté d’une narration off qui mentionne les protagonistes à la troisième personne, prend ses distances avec la réalité et semble faire usage de l’autobiographie non plus comme une fin, mais comme un prétexte. Cette voix off a également une autre fonction, assez inédite. En commentant en peu de mots la quête des deux frères, et elle seule, en se gardant de vouloir trop expliquer ce qu’ils en rapportent (et les dialogues sont rares dans le film), elle fournit au spectateur assez de clés pour le convaincre de participer à ce voyage, tout en laissant aux images toute leur force suggestive, et aux quelques rencontres faites le soin d’apporter le contexte historique et folklorique nécessaire. Ainsi permet-elle de fluidifier le récit tout en conservant intacts son mystère et son intérêt.
« Où la réalité est insidieusement infectée par l’imaginaire »
La démarche de Recha déroute un peu au premier abord car il fait mine de laisser au second plan l’élaboration technique de son film. Sur un principe documentaire, il fait d’abord confiance à la puissance d’évocation intrinsèque de ses images témoignant du passé comme du présent : terres séchées de la Catalogne, vestiges de bâtiments datant d’avant la guerre civile, murs criblés de balles, etc. Un assemblage qui échappe néanmoins à la contemplation passive et à l’effet « diaporama » grâce au montage qui rythme savamment le périple géographique et historique, alternant ces visions avec les moments plus intimes entre les deux frères et au gré de leurs rencontres, des photos d’archives, quelques images arrêtées suggérant la capture du temps présent — marque d’un film qui ne se précipite pas. Le cinéaste ose également un montage sonore qui, si naïf qu’il puisse paraître, a le mérite d’orienter le film dans une direction moins terre à terre, en jouant non plus sur l’image mais sur le hors-champ. Par exemple, il superpose des sons d’hier (bombardements) sur des images d’aujourd’hui (vestiges), ou encore fait surgir le conte en suggérant la présence dans un lac d’un poisson-chat géant auparavant évoqué dans une légende locale. Ainsi, il orchestre un voyage moins linéaire et attendu que prévu, où les marques du passé se font toujours sentir, où la réalité est insidieusement infectée par l’imaginaire.
Tout ce travail va à l’encontre de l’idée première qu’on pourrait se faire de Jours d’août : un bricolage gentillet mais inconsistant, à la naïveté un peu forcée, où la technique cinématographique serait réduite à sa plus simple expression. Ce qui y transparaît avant tout et qui rend sa démarche sympathique, c’est la faculté de Recha de faire sortir l’air de rien son récit des sentiers battus, et sa foi en un cinéma qui préfère l’évocation à la représentation explicite.