La Faille

La Faille

de Gregory Hoblit

  • La Faille
  • (Fracture)

  • États-Unis2007
  • Réalisation : Gregory Hoblit
  • Scénario : Daniel Pyne, Glenn Gers
  • Image : Kramer Morgenthau
  • Montage : David Rosenbloom
  • Musique : Mychael Danna, Jeff Danna
  • Producteur(s) : Charles Weinstock
  • Interprétation : Anthony Hopkins (Ted Crawford), Ryan Gosling (Willy Beachum), David Strathairn (procureur Joe Lobruto), Rosamund Pike (Nikki Gardner), Embeth Davidtz (Jennifer Crawford), Billy Burke (Rob Nunally), Cliff Curtis (Insp. Flores), Fiona Shaw (juge Robinson), Bob Gunton (juge Gardner)...
  • Date de sortie : 9 mai 2007
  • Durée : 1h52

La Faille

de Gregory Hoblit

Monstrueux ?


Monstrueux ?

Le cinéma américain étant quelque peu en perte de vitesse, revenir à certaines formules traditionnelles et les appliquer à la lettre pour subsister ne lui est désormais plus une option. Gregory Hoblit se fait un petit flash-back années 1980 et pond un énième opus « je-suis-riche-et-génial-mais-j’ai-tué-ma-femme » dont Anthony Hopkins incarne ici le prototype. Ce sont nos fidèles chaînes accros de thrillers ringards (TF1 et M6) qui vont se réjouir de pouvoir passer La Faille en boucle.

Le problème avec un film comme La Faille, c’est cette croyance en la supériorité de sa mise en scène, plus ou moins avec un temps d’avance sur le spectateur. Hopkins interprète Ted Crawford, un ingénieur en aéronautique surdoué qui fabrique des jouets intellos de luxe (visualisation de l’esprit tortueux du criminel, un point bonus pour Gregory Hoblit !) et espionne sa femme, trop occupée à le tromper avec un flic du coin pour partager d’autres plaisirs. Puisque Ted Crawford est très malin, il la flingue (Jennifer ne meurt pas mais reste plongée dans le coma), se confesse directement auprès d’un des détectives de la brigade criminelle qui, surprise, est en fait ledit amant et se représente lui-même lors du procès. La défense, représenté par le très jazzy Willy Beachum (Ryan Gosling), mâcheur de chewing-gum hors pair et amateur exhibitionniste de be-bop ne va pas pouvoir se la couler douce très longtemps.

Faisons abstraction de l’introduction érotico-machiavélique censée rappeler l’âge d’or du thriller américain ainsi que de l’utilisation honteuse du procédé de reconstitution en flash-back (dit plans-vérités) et attardons nous sur ce qui reste de ce naufrage. Hoblit, trop content d’avoir deux acteurs poids lourds dans son film, lègue ses pleins pouvoirs à Hopkins et Gosling. Jeux d’acteurs : papa Hopkins s’amuse avec son poulain, le charrie, le manipule jusqu’à écœurement ; jeux de mains : tour de passe-passe et prestidigitation de supermarché ne dépassent jamais la sempiternelle question « où est passé l’arme du crime ? » Aux innombrables regards psychotiques d’Hopkins, Gosling répond par une coolitude copyright Nic Cage qui renseigne mieux sur sa soudaine percée à Hollywood.

Si à la fin Willy Beachum/Ryan Gosling retrouve son sourire cabotin et affirme sa supériorité sur le criminel qui se moquait de son assurance et de son style vestimentaire, ce n’est pas pour autant qu’il s’en sort vainqueur. Car la symétrie centrale de La Faille consiste en un échange bien particulier : Ryan Gosling remplace Hopkins, devenu musée vivant de son hannibalisme (ou lecterisme) et peut déjà s‘imaginer dans quarante ans remplir la fonction guère excitante de papy rusé dans une quelconque production de ce sous-genre. Ô jeunisme, quand tu nous tiens.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !