Gradiva (C’est Gradiva qui vous appelle)

Gradiva (C’est Gradiva qui vous appelle)

de Alain Robbe-Grillet

  • Gradiva (C’est Gradiva qui vous appelle)

  • France2006
  • Réalisation : Alain Robbe-Grillet
  • Scénario : Alain Robbe-Grillet
  • Image : Dominique Colin
  • Montage : France Duez
  • Producteur(s) : Pascal Judelewicz, Kristina Larsen
  • Production : Les Films du Lendemain
  • Interprétation : Arielle Dombasle (Gradiva), James Wilby (John Locke), Marie Espinosa (Claudine), Dany Verissimo (Belkis), Farid Chopel (Anatoli)
  • Distributeur : Zootrope Films
  • Date de sortie : 9 mai 2007
  • Durée : 1h50

Gradiva (C’est Gradiva qui vous appelle)

de Alain Robbe-Grillet

L'originalité ne fait pas tout


L'originalité ne fait pas tout

Évidemment, Alain Robbe-Grillet, quatre-vingt cinq ans et toutes ses dents, n’est pas le dernier des créateurs. Il compose toujours ses films au fil des pensées qui l’inspirent et font vivre ses personnages. Mais le basculement du rêve au réel, et les thématiques de l’oubli, de la déconstruction, du mystère, sont ici trop évidentes, trop appuyées, pour donner une quelconque force à l’évocation. Robbe-Grillet, pour son neuvième film, se perd dans l’intellectualisme du projet et y enferme son propos qui semble, de fait, très bébête.

Après avoir été scénariste pour Alain Resnais notamment dans L’Année dernière à Marienbad, Alain Robbe-Grillet était passé derrière la caméra en 1962 avec L’Immortelle. Il a continué depuis à explorer les méandres de l’esprit humain, en ajoutant à son œuvre une dimension érotique depuis le début des années 1970 avec des films tels que Glissements progressifs du plaisir. Dans son dernier opus, Robbe-Grillet évoque la sexualité, le rêve, la création, la séduction, la jalousie… rien que cela ! Bien que l’auteur des Gommes cadre et tente de donner un mouvement sensuel à sa caméra, on ne peut oublier les clichés récurrents qui circulent tout au long du temps.

Dans un Marrakech de sable et de mystère, un peintre poursuit une jeune femme qu’il est seul à voir. Très rapidement, on nous explique qu’il s’agit d’une condamnée à mort du XIXe siècle qui erre de temps en temps dans les rues de la ville marocaine. Gradiva (celle qui resplendit en marchant) est, à l’origine, le personnage d’un roman de Jensen, la statue de pierre dont un archéologue tombe amoureux, statue d’une pompéienne engloutie par l’éruption du Vésuve. Ici, l’archéologue dessine des chevaux (symbole de la virilité ?), et des corps de femmes nues : il est servi par une jeune femme peu encline à la pudeur, et va chercher l’origine de ce rêve si réel dans de sombres endroits de la ville. Entre Les Cigares du pharaon, la période orientaliste de Delacroix et le film psychanalytique, on hésite. Mais c’est surtout les dialogues, la direction d’acteurs et la propension d’Alain Robbe-Grillet à filmer le mystérieux comme un film érotique du dimanche soir, qui agacent.

Tout est surjoué et symbolique : une mention spéciale sera accordée au nom du peintre, John Locke, aux danses virevoltantes d’Arielle Dombasle que l’on croirait tout droit sortie d’un remake américain de Perceval le Gallois ou du dernier Brisseau, et aux dialogues, couvert de sous-entendus plus qu’angoissants tels qu’un fameux « les aveugles ont des dons de seconde vue ». D’un point de vue dramaturgique, on ne nous épargne pas grand-chose non plus : une scène de violence érotique, une scène de rencontre romantique, une scène de sexe plus ou moins détournée… le film d’Alain Robbe-Grillet ne titille pas intellectuellement tant il est ampoulé et faussement philosophique, ne séduit jamais, et tend à l’énervement suprême lorsque la discussion se fait « profonde ». Robbe-Grillet a tenté de filmer le phénomène de transfert amoureux, et, nous, on se transfère de la salle à un café, pour un grog, histoire de se remettre.

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