Steppin’

Steppin’

de Sylvain White

  • Steppin’
  • (Stomp the Yard)

  • États-Unis2007
  • Réalisation : Sylvain White
  • Scénario : Gregory Roman Anderson, Robert Adetuyi
  • Image : Scott Kevan
  • Montage : David Checel
  • Musique : Sam Retzer, Tim Boland
  • Producteur(s) : Will Packer
  • Production : Rainforest Films
  • Interprétation : Columbus Short (D.J. Williams), Meagan Good (April), Ne-Yo (Rich Brown), Darrin Henson (Grant), Brian White (Sylvester), Laz Alonso (Zeke), Chris Brown (Duron)
  • Chorégraphie : Dave Scott
    Chorégraphe associé stepping : Jesus Maldonado
  • Date de sortie : 16 mai 2007
  • Durée : 1h54

Steppin’

de Sylvain White

Mais qu'est-ce qu'ils attendent pour foutre le feu ?


Mais qu'est-ce qu'ils attendent pour foutre le feu ?

Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont musclés, et surtout, ils dansent trop bien. Nouvel avatar du film de hip-hop, devenu en quelques années un genre à part entière, Steppin’ ne se démarque en rien des productions antérieures : mise en scène clipesque à vomir, scénario insipide, interprétation limite grotesque… Heureusement pour les yeux et les oreilles, le film a au moins le tout petit mérite de découvrir au grand public le stepping, nouvelle invention d’une culture de la danse décidément très riche.

D.J. n’a pas de bol. Alors que ce champion de la street dance mettait le feu dans chaque battle de L.A. avec son frère Daron, ce dernier est tué au cours d’une rixe stupide. D.J. est envoyé dare-dare à Atlanta histoire de se remettre sur le droit chemin. Il intègre une université prestigieuse, où la plupart des étudiants sont noirs (??) et dansent le stepping, discipline qui combine les mouvements traditionnels du hip-hop et des mouvements de percussion des mains et des pieds. Au début, D.J. a du mal à s’intégrer : normal, il est pauvre et en plus, il reluque la nana d’un chef de bande (par ailleurs, fille du doyen de l’université!). Mais heureusement, grâce à son talent inné et malgré les embûches (pas cool, la société), D.J. va gagner la compét’ de stepping avec ses nouveaux potes, apprendre ce qu’est la fraternité et séduire la fille. Tout ça rien que pour faire plaisir à son frère mort…

Prévisible de bout en bout, le scénario emprunte aux pires travers du film de hip-hop. De Street Dancers à Honey, en passant par Sexy Dance, la trame est toujours la même : un jeune héros (ou héroïne) en rupture de ban avec la société, va conquérir le monde à la force de ses pieds (et surtout, à la dernière minute de film, histoire de faire semblant d’introduire quelque suspense…). Il y aurait des millions de choses à dire et à montrer sur les conditions de vie (de survie?) dans les ghettos américains. Mais les scénaristes préfèrent s’attarder sur des histoires mielleuses à l’eau de rose, cent fois vues dans d’autres genres et d’autres films. Évidemment, c’est tellement plus simple…

Sans doute Steppin’ n’est-il pas le genre de film dont on attend qu’il nous apprenne quelque chose. Seuls les moments de danse ont un quelconque intérêt. Remarquons tout de même à l’adresse du spectateur non averti qu’il faut se coltiner une bonne heure et demie de dialogues navrants pour seulement une vingtaine de minutes de scènes de danse. C’est peu, mais c’est déjà ça : comme d’autres formes de hip-hop (on pense au break-dance, mais aussi au krump), le stepping est une danse fondamentalement cinégénique. Culte du corps, virtuosité des mouvements, renouvellement constant des pas : la culture du battle et de ses dérivés fascine non seulement par sa dimension sociologique (éviter les bagarres mortelles en les mimant dans la danse, à l’image de la capoeira brésilienne) mais aussi par son extrémisme quasi sauvage. Les danseurs arrachent leur rythme et leur gestuelle de leurs tripes, générant leur violence intérieure dans un état de transe presque inhumain.

Pour apprécier la beauté paradoxale de cette culture, mieux vaut en être déjà féru d’avance. Car derrière la caméra, c’est l’improvisation complète. Issu du milieu de la pub et du clip (et c’est peu dire que ça se voit : un plan par seconde et mal de tête garanti), Sylvain White oublie de mettre son film au service de ses comédiens danseurs tant il est occupé à frimer, fier de ses petits effets ridicules. Sa tâche lui était pourtant facilitée d’avance : les effets spéciaux de Steppin’, ce sont les Columbus Short, Ne-Yo et autres Darrin Henson. Il suffisait de poser la caméra devant eux pour faire de Steppin’ non un bon film (on n’en demande pas tant) mais tout au moins un vrai spectacle.

Décidément, il n’est pas né, le cinéaste qui rendra véritablement hommage à la culture noire américaine. Dommage, car il est évident (si ce n’est acquis) que la création artistique contemporaine ne se fait plus désormais dans les théâtres, les galeries d’art ou les cours de danse, mais dans la rue.

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