Komma

Komma

de Martine Doyen

  • Komma

  • France, Belgique2006
  • Réalisation : Martine Doyen
  • Scénario : Martine Doyen, Valérie Lemaître
  • Image : Hugues Poulain
  • Montage : Matyas Veress, Martine Doyen
  • Musique : Jeff Mercelis
  • Producteur(s) : Jean-Luc Ormières, Isabelle Filleul de Brohy, Philippe Kauffmann, Guillaume Malandrin, Vincent Tavier
  • Interprétation : Arno (Peter De Witt / Lars Erickson), Valérie Lemaître (Lucie Brückner), Édith Scob (Hélène Brückner)...
  • Date de sortie : 23 mai 2007
  • Durée : 1h32

Komma

de Martine Doyen

Quand j'étais menteur


Quand j'étais menteur

Lorsqu’un parfait inconnu doué dans l’art de duper son prochain rencontre une amnésique douteuse, c’est la promesse d’un beau scénario. Si Komma tient partiellement cette promesse, le maniérisme outrancier de ce quatrième film de Martine Doyen plombe son dernier long métrage.

Lars – c’est le nom d’emprunt qu’il adopte au début du film – est un homme étrange. Sans famille, sans passé, sans personnalité, il ne semble réellement doué que dans l’art de se faire passer pour un autre, avec audace et brio. Lorsqu’il croise par hasard Lucie, jeune artiste névrosée et amnésique, il a tôt fait de leur inventer une histoire à tous les deux. Mais si Lucie semble y croire, est-elle réellement amnésique, ou joue t‑elle un jeu ?

Le scénario du film, signé par la réalisatrice elle-même et par Valérie Lemaître, n’est pas sans rappeler celui du conte sensuel de Julio Medem, L’Écureuil rouge. La parenté entre les deux films s’arrête là, car là où l’Espagnol tournait un film chaleureux, onirique, ouvert et doux, Komma est un film froid, sombre et morbide. Lucie comme Lars commencent le film dans un état cadavérique : pour lui c’est au sens propre, car on le découvre qui se réveille dans une morgue – du côté des morts ; quant à elle, le premier plan la découvre sous un drap-linceul qui accompagne une séance d’acupuncture où elle affecte la plus totale immobilité. Ils sont rapidement montrés tous deux comme les rejetons d’une urbanité froide et stérile, au croisement des Rebelles du dieu Néon et de Lignes de Murakami Ryu. La caméra serre les protagonistes au plus près, alternant gros et très gros plan, s’attachant à parcourir les crevasses et les imperfections des visages des deux acteurs. La ville, quant à elle, est alternativement noire de nuit ou grise d’une pollution omniprésente.

Lorsque Lars décide, dans la seconde partie du film, d’emmener Lucie en Bavière, pays qui lui est cher, le paysage vire à un blanc d’une pureté féerique, et Lars lui-même, toujours vêtu en noir et blanc, se pare d’une écharpe de couleur trouvée par hasard dans la neige. Tout est affaire de miroir, de contraste pour les protagonistes de Komma. La symbolique, évidente (la ville noire est la mort, l’ancienne vie de chacun d’entre eux, le désespoir, l’échec, la Bavière blanche, la résurrection, le changement, l’espoir) aurait demandé cependant plus de subtilité de la part de la réalisatrice, qui use d’effets lourdement appuyés pour illustrer cette dichotomie.

Bien plus subtil, en revanche, est la richesse d’un scénario dont le brio reste malheureusement le plus souvent potentiel. Lars, en effet, apparaît au fur et à mesure d’un scénario étrange, construit en parallèle et qui alterne sans lien apparent de longs passages entre Lucie et Lars sans que rien ne les lie, comme une sorte de Juif errant, à qui la mort serait refusée, et qui serait condamné à faire le bien. Il est probablement réellement mort au début du film, et ressuscite pour intervenir dans la vie de Lucie, et la soulager, puis il rencontrera de nouveau un destin tragique – pour mieux renaître, sans doute. Le film est également parsemé de moments étranges et poétiques, avec notamment Charles Pennequin, poète, dans son propre rôle, et François Neyken, guitariste… iconoclaste, également dans ses œuvres. Œuvres décalées, pour les deux, et moment de plaisir pour la réalisatrice dont les deux sont des amis, ce qui donne à Komma des airs de plaisir artistique pur pour ses auteurs.

Parsemés d’audace scénaristiques bienvenues, de moments de grâce dans l’interprétation d’Arno et de Valérie Lemaître comme de ridicule assumé pour certains personnages secondaires, et d’audaces formelles lourdes et finalement assez convenues, Komma est un film surprenant mais qui ne brille malheureusement le plus souvent que par ses intentions. Et, en l’occurrence, il n’y a pas que l’intention qui compte.

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