La Vérité ou presque

La Vérité ou presque

de Sam Karmann

  • La Vérité ou presque

  • France2007
  • Réalisation : Sam Karmann
  • Scénario : Sam Karmann, Jérôme Beaujour
  • d'après : le roman True Enough
  • de : Stephen McCauley
  • Image : Matthieu Poirot-Delpech
  • Montage : Philippe Bourgueil
  • Musique : Pierre Adenot
  • Producteur(s) : Jean-Philippe Andraca, Christian Bérard
  • Interprétation : Karin Viard (Anne), André Dussollier (Vincent), François Cluzet (Marc), Brigitte Catillon (Rose Marie), Julie Delarme (Caroline), Sam Karmann (Thomas), Liliane Rovère (Liliane), Antonio Interlandi (Lucas), Patrick Zimmermann (Pierre), Valentin Traversi (Bernard), Céline Cuignet (Mélanie), Ysmahane Yaqini (Naïma), Mathieu Besnier (Tom)
  • Date de sortie : 12 septembre 2007
  • Durée : 1h35

La Vérité ou presque

de Sam Karmann

Une petite réussite... ou presque


Une petite réussite... ou presque

Quelques années après Kennedy et moi et À la petite semaine, Sam Karmann retrouve les joies de la mise en scène pour cette comédie parfois loufoque, souvent inégale, sur les petits mensonges du quotidien. La très belle performance de tous les comédiens sauve le film (Karin Viard et André Dussollier en tête) d’une certaine tiédeur qui sied trop souvent au cinéma français.

Pour toute une génération de spectateurs, Sam Karmann restera à jamais le pauvre Émile de La Cité de la peur à qui l’indélicate Chantal Lauby ne cessait de répéter « Prenez un chewing-gum Émile ». Pourtant, Sam Karmann s’est depuis quelques années imposé en tant que réalisateur qui, à défaut de grand talent, sait faire preuve d’une efficacité qui allie modestie, sobriété et loufoquerie. Pour ce troisième long métrage, le réalisateur s’est lancé dans l’adaptation d’un roman américain, True Enough de Stephen McCauley. Les enjeux posés par le livre — la rencontre entre une journaliste de télévision bostonienne un peu borderline et un universitaire new-yorkais homosexuel — sont ici déplacés en France. La journaliste, Anne (Karin Viard), devient donc responsable d’une émission littéraire sur la télévision locale lyonnaise et l’universitaire, Vincent (André Dussollier), un chercheur parisien venu sur Lyon pour enquêter sur une ancienne gloire locale du jazz. Tous deux s’accommodent de petits mensonges au quotidien qui peuvent rapidement prendre l’allure de grands drames… finalement assez burlesques.

Mais ces deux personnages-là sont au moins complémentaires : quand Anne souffre de ne pas trouver une place dans sa vie — un mari tellement attentionné qu’il la tétanise (Sam Karmann lui-même), un enfant indifférent, un ex-mari avec qui elle recouche de temps à autre (François Cluzet), une émission de télévision qu’elle peine à conserver –, Vincent fait preuve d’une sagesse très séduisante alors qu’il doit lui aussi faire face à la déliquescence de son couple — un compagnon malheureux, une expérience sexuelle plutôt surprenante — et aux freins qu’on lui pose dans la réalisation de ses projets professionnels. Autour d’eux s’agite une galerie de personnages plutôt savoureuse : une romancière désabusée jamais avare d’une vanne bien sentie (Brigitte Catillon), une femme enceinte un brin dépressive (Julie Delarme), un ex-mari trop séducteur pour être honnête (François Cluzet), etc. Bien dirigés par Karmann, tous ces acteurs prennent un évident plaisir à camper des personnages hauts en couleurs sans toutefois tomber dans le moindre cabotinage. Entre Dussollier, tout en sobriété, et Viard, capable de mettre du burlesque dans le dramatique et inversement, l’alchimie est parfaite.

Reste la mise en scène, un poil trop plan-plan pour ne pas susciter un ennui poli. Les enjeux posés par le scénario sont finalement davantage prétextes à faire rebondir le film qu’à proposer une véritable réflexion sur les petits mensonges du quotidien. Du coup, entre chaque scène subsiste un flottement et un tâtonnement qui ne permettent jamais au projet de gagner cette force que Karmann aurait manifestement voulu lui donner. À trop rechercher ce qui pourrait insuffler une force mélancolique à cette galerie de personnages susceptibles de passer à côté de leur vie, le réalisateur s’égare parfois dans des histoires de second plan, comme ce portrait esquissé d’une gloire locale du jazz, aujourd’hui oubliée. La présence de la trop rare Liliane Rovère n’y fait malheureusement rien. Pour parfaire le tout, Sam Karmann joue la carte de la facilité en achevant son film sur un improbable happy-end avec éclats de rire à la clé, un peu comme à la fin d’un épisode de Julie Lescaut ou d’Une famille formidable. On aurait finalement aimé un film moins confortable.

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