La Chambre des morts

La Chambre des morts

de Alfred Lot

  • La Chambre des morts

  • France2007
  • Réalisation : Alfred Lot
  • Scénario : Alfred Lot
  • d'après : le roman La Chambre des morts
  • de : Franck Thilliez
  • Image : Jérôme Almeras
  • Décors : Jean-Pierre Fouillet
  • Costumes : Olivier Beriot
  • Son : Laurent Zeilig
  • Montage : Maryline Monthieux
  • Musique : Nathaniel Mechaly
  • Producteur(s) : Charles Gassot
  • Production : Produire à Paris
  • Interprétation : Mélanie Laurent (Lucie), Éric Caravaca (Moreno), Gilles Lellouche (Sylvain), Jonathan Zaccaï (Vigo), Céline Sallette (Annabelle), Laurence Côte (Alex), Nathalie Richard (Valet)
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 14 novembre 2007
  • Durée : 1h58

La Chambre des morts

de Alfred Lot

Kidnapping, mensonges et cinéma noir


Kidnapping, mensonges et cinéma noir

Ancien assistant de Philippe de Broca, Alfred Lot choisit l’adaptation d’un thriller de Franck Thilliez pour passer à la mise en scène : si l’histoire comporte quelques clichés narratifs et symboles plus ou moins avenants, on reste étonné d’une certaine maîtrise dans la reproduction de l’angoisse à l’image, et dans la direction d’acteurs aussi hétéroclites que la jeune Mélanie Laurent, Éric Caravaca, l’habitué des comédies franchouillardes Gilles Lellouche ou la rare Laurence Côte. Beaucoup d’instabilité et de zones bancales dans ce premier film qui n’en reste pas moins un objet plutôt étrange et intéressant pour l’avenir.

On aurait tort de croire qu’Alfred Lot ait simplement voulu employer la jeune coqueluche de Philippe Lioret et des César, Mélanie Laurent, seul intérêt du fade Je vais bien, ne t’en fais pas. On aurait tort également de sous-estimer la possible reconversion de certains acteurs comme Jonathan Zaccaï, habitué aux rôles du beau gosse de service qui transmet dans ce film un étonnant sentiment de malaise. On aurait enfin tort de penser que La Chambre des morts renouvelle totalement le genre policier. Il a cependant le mérite, au-delà de certaines fausses complexités scénaristiques, de vouloir trancher avec la linéarité française dans un genre sous-estimé ou maltraité dans l’hexagone depuis Melville. Avec une vraie représentation de la noirceur, Alfred Lot campe un décor, une ambiance, à défaut d’avoir élaboré un scénario parfaitement construit et vraisemblable.

Dans un décor de western moderne, un parking entouré d’éoliennes, deux chômeurs abreuvés de bière (Gilles Lellouche et Jonathan Zaccaï, Français moyens du cinéma français), renversent mortellement un homme qui disposait d’une sympathique mallette remplie d’euros. Comme un malheur n’arrive jamais seul, il se trouve que le sac de billets était la rançon demandée par le ravisseur d’une petite fille kidnappée et dont le corps est retrouvé le lendemain. Évidemment, les deux imbéciles gardent l’argent, devenu à la fois la preuve de l’accident de voiture et la piste pour retrouver le kidnappeur. Car une autre enfant est enlevée. Le principal intérêt de la narration est qu’elle suit de façon assez originale la traque du kidnappeur et non pas la fuite de ce dernier, mais aussi celle des deux gais lurons meurtriers par accident. Un parallèle peut-être parfois un peu complexe cependant.

Ce qu’Alfred lot réussit tient tout d’abord à l’atmosphère : des cris perçants, des lumières fugitives dans une nuit floue et glaçante sont les fondements de la narration. Le rythme est assez haletant dans la première partie. Mais le film ne convainc pas du début à la fin pour quelques raisons de tous ordres. D’une part, l’intérêt des seconds rôles, particulièrement ceux de J. Zaccaï et de Gilles Lellouche vire assez rapidement à l’abracadabrantesque, leur fin est d’ailleurs trop facile pour être honnête et on a la désagréable impression que leur déchéance est une méthode simple de se débarrasser de personnages qui mêlaient problème moral, simplicité quotidienne et plongée dans l’enfer de la fuite. Premier dommage. D’autre part, le dénouement général est assez baroque et trop criard : le kidnappeur se révèlera assez cliché dans ses rapports criminels et affectifs, et Alfred Lot, qui avait réussi à cadrer son film dans une sobriété inquiétante se perd dans un festival de symbolisme et d’excentricité assez laide. Re-dommage.

Il reste cependant quelques points positifs, notamment Mélanie Laurent, de temps en temps engoncée dans son rôle de jeune flic maline et obsédée par une affaire qui lui rappelle son enfance, mais assez prenante dans sa composition de jeune femme complexée et incapable, justement, de toute fuite, de toute action non personnelle. Si Alfred Lot évite les confrontations trop complexes, il tombe cependant vers la fin dans une stylisation à outrance qui s’oppose à la simplicité intéressante des personnages et des rapports humains au centre du thriller. C’est bien dommage, mais pas vraiment méprisable. Un peu moins de chichis et un peu plus de ficelage scénaristique pour le prochain, et cela pourrait tout simplement être bien.

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