La Vie intérieure de Martin Frost

La Vie intérieure de Martin Frost

de Paul Auster

  • La Vie intérieure de Martin Frost
  • (The Inner Life of Martin Frost)

  • États-Unis, France, Espagne, Portugal2006
  • Réalisation : Paul Auster
  • Scénario : Paul Auster
  • Image : Christophe Beaucarne
  • Décors : Zé Branco
  • Son : Pedro Melo, Miguel Martins
  • Montage : Tim Squyres
  • Musique : Laurent Petitgand
  • Producteur(s) : Yaël Malamede, Gerardo Herrero, Paulo Branco
  • Production : Alfama Films, Clap Filmes, Tornasol Films S.A., Salty Features, RTP - Radiotelevisao Portuguesa, ICAM
  • Interprétation : Irène Jacob (Claire), David Thewlis (Martin), Michael Imperioli (James Fortunato), Sophie Auster (Anna James)
  • Distributeur : Alfama Films
  • Date de sortie : 14 novembre 2007
  • Durée : 1h33

La Vie intérieure de Martin Frost

de Paul Auster

Intériorité bien pauvre


Intériorité bien pauvre

Le classique de l’écrivain qui voit sa prose devenir réalité et peut donc, à l’aide de sa plume, créer sa vie et écrire son destin, a de beaux jours devant lui. Après L’Incroyable Destin d’Harold Crick, voilà que le ténébreux représentant de la littérature américaine en France se plonge dans les clichés de la création et de la romance. Depuis son niaisouille Lulu on the Bridge, on espérait… on avait tort.

Le métier d’actrice est vraiment sans pitié. Alors qu’elle a joué dans deux des plus grands films de K. Kieslowski, La Double Vie de Véronique et Rouge, Irène Jacob peine à relancer sa carrière depuis dix ans. Jouer sous la direction de Paul Auster aurait pu être une aubaine. Eh bien non, la pauvre Irène se trouve engluée dans un rôle de jeune fille en fleur toute douce toute mielleuse, sans saveur (sauf le miel donc) et bourrée de minauderies assez énervantes. Je suis amoureuse mais je n’en ai pas le droit, je baisse les yeux. Je me dois de garder un certain mystère alors je lis Berkeley sous un arbre les jambes en tailleur et la bouche en cœur. Pour Paul Auster, il s’agit bien plus de camper un décor intellectuel (lui aussi lénifiant) qu’un décor de cinéma.

Martin Frost (et non pas Robert) est écrivain, et arrive dans la maison (l’Eden ?) d’amis : pas de présentation des personnages réelle, le réalisateur se contente de filmer des bibliothèques en panorama pour atterrir sur une photo, celle de Paul Auster lui-même. Fatigué de trois ans de travail, Martin voudrait « vivre la vie d’une pierre ». Il pense donc écrire doucement, au vert, mais, pas de chance, alors qu’il se réveille un matin, une nymphe (Irène Jacob) lui apparaît. Claire est belle, forcément intelligente puisqu’elle est en thèse de philosophie, et très mystérieuse c’est sûr puisqu’elle sourit. L’évolution de Martin et Claire ne convainc jamais pour une raison précise : ce sont des ombres sans consistance. À l’image, Paul Auster n’insuffle aucune vie, aucune émotion, croyant que son scénario « étonnant » (la rencontre d’un homme et d’une femme, de la réalité et de la fiction) suffira à donner un effet de surprise donc un intérêt.

Le problème est que l’on ne s’intéresse jamais à ses personnages évanescents, à une histoire bancale et banale, faite de dialogues époustouflants (lors d’une panne : « C’est le pompon !», réponse : « Non, c’est le pneu !»), de ralentis en noir et blanc, et de regards larmoyants de Martin et de Claire qui s’aiment mais ne peuvent pas vivre leur amour pépère sans que les méchants dieux de la fiction qui régissent le monde les en empêchent. La caméra filme tout, sans nuance, sans légèreté, sans suggestion, sans véritable personnalité. Très lourd, très pauvre à tout niveau cinématographique, La Vie intérieure de Martin Frost est juste un très mauvais film.

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