Manipulation

Manipulation

de Marcel Langenegger

  • Manipulation
  • (Deception)

  • États-Unis2008
  • Réalisation : Marcel Langenegger
  • Scénario : Mark Bomback
  • Image : Dante Spinotti
  • Montage : Christian Wagner, Douglas Crise
  • Musique : Ramin Djawadi
  • Producteur(s) : Arnold Rifkin, John Palermo, Hugh Jackman, Robbie Brenner, David Bushell, Christopher Eberts
  • Interprétation : Ewan McGregor (Jonathan), Hugh Jackman (Wyatt), Michelle Williams (S.)...
  • Date de sortie : 3 septembre 2008
  • Durée : 1h39

Manipulation

de Marcel Langenegger

Tel est pris qui croyait prendre


Tel est pris qui croyait prendre

Marcel Langenegger réalise ici son premier long métrage avec un acteur à la renommée internationale, Ewan McGregor, bien connu pour son rôle d’Obi-Wan Kenobi, ses collaborations fertiles avec Tim Burton, Todd Haynes, Woody Allen, Baz Luhrmann ou encore Danny Boyle. Hélas, Manipulation est loin de se hisser au même niveau. Du junkie au Jedi, l’acteur endosse ici le rôle d’un trentenaire aux allures d’anti-héros dont la crise identitaire lasse autant que la mise en scène qui l’accompagne.

Il y a des scénarios simples, comme celui de Manipulation. Simples et alambiqués à la fois, car dans un thriller, il convient de surprendre son spectateur, le tenir en haleine puisque le suspense maintient l’intrigue (et surtout l’attention). Bien loin d’Hitchcock (que le réalisateur revendique comme influence), Marcel Langenegger s’aventure dans une histoire banale de dominant-dominé, où les rôles finissent par s’inverser, laissant au passage quelques sursauts d’originalité, mais sans particularisme notable. Histoire donc, d’un trio. Forcément, un bon (Ewan McGregor), un méchant (Hugh Jackman), une courtisane (Michelle Williams) et au beau milieu de tout cela, de l’argent, beaucoup d’argent.

Pour commencer, dès l’incipit, Manipulation rentre dans le vif du sujet. Quelques plans rapides, parsemés par-ci par-là, posent d’emblée la situation et les caractères pathétiques des personnages. Un sage panoramique présente New York endormie. Puis, vient le héros, Jonathan (Ewan McGregor), seul face à son ordinateur, dans une vaste salle au sommet d’un building clinquant. À l’heure où les autres trinquent à l’apéro, il travaille, inlassable, passionné par son métier de comptable. Pour parfaire aux clichés, Jonathan provient d’un milieu social défavorisé. Son diplôme et son métier, il les décroche grâce à son entreprise qui mise sur lui dès l’université. Ses lunettes rondes, sa timidité mêlée de candeur et son amour pour les chiffres lui confèrent une allure d’un vieux-garçon, bien éduqué, travailleur mais quelque peu gauche et sans intérêt. Il n’a aucun ami notoire, ni de petites amies, ni même de famille : sa mère meurt quand il a 19 ans. Vilain petit canard, homme invisible et incompris, Jonathan traîne des regards de chiens battus envers ceux qui affichent une vie sociale. Il ne manquait plus qu’une belle rencontre pour bouleverser sa vie. Un homme qui serait le contraire de lui, évidement, puisque dans Manipulation, les lieux communs explosent. Wyatt, bel avocat, sûr de lui, décide assez vite de s’amouracher de Jonathan. Ce dernier jubile, son premier ami l’écoute bavarder des heures, chose bien rare dans son quotidien trempé de solitude. Le caractère soudain de cette nouvelle relation amicale entre deux personnes qui ne se ressemblent en rien, reste pour le moins surprenante, à force, suspicieuse.

Comble de la niaiserie, les deux compères se connaissent à peine qu’ils fument des joints dans l’entreprise, tout fiers de bafouer les règles, de braver les interdits, comme des enfants que la bêtise rend solidaire. Dès lors s’enchaînent les parties de tennis et les risibles petites confidences au vestiaire, les dîners complices, le tout inséré rapidement, accompagné d’une musique étourdissante, pour bien accentuer ce bonheur récent, juvénile et platonique. Premier rebondissement, Wyatt confond malencontreusement son portable avec celui de Jonathan, identique. Curieux, Jonathan répond aux étranges appels que reçoit son nouvel ami. Des femmes sans noms lui posent d’emblée une question unique et interchangeable : Es-tu libre ce soir ? Dans l’affirmative, elles lui donnent rendez-vous dans un hôtel luxueux pour une soirée entre adultes consentants. Quasi puceau, Jonathan ne peut refuser et se laisse happer par le corps des sirènes qui défilent, femmes d’affaires riches et pulpeuses, qui, alignées, forment un ballet ridicule où figure, pour deux scènes, une naufragée, Charlotte Rampling. Sans surprise, Jonathan, romantique à souhait, tombe amoureux d’une jolie jeune femme, S. (Michelle Williams), qu’il rencontre par ce biais. Et comme, dans un film rien n’arrive pas hasard, il l’avait déjà lorgnée sur le quai du métro, quelques scènes auparavant. Fou amoureux, il va pour elle, conquérir ses peurs et sa crise identitaire. Et c’est là où le bât blesse. Car les péripéties deviennent nombreuses et surtout incohérentes, les jeux de rôles s’essoufflent et le spectateur suffoque. Marcel Langenegger devient agaçant à force de vouloir à tout prix hâter le temps. Cela se traduit par des passages accélérés ou des ralentis sur une goutte de sueur perlant sur le front du héros, des rebondissements sans queue ni tête, une musique en continue, aucune pause, aucun silence, des gentils qui deviennent méchants, des morts qui ressuscitent, des entourloupes abasourdissantes. Manipulation nous étouffe. Reste à reprendre son souffle au générique de fin.

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