Enfants de Don Quichotte (acte 1)

Enfants de Don Quichotte (acte 1)

de Ronan Dénécé, Augustin Legrand, Jean-Baptiste Legrand

  • Enfants de Don Quichotte (acte 1)

  • France2008
  • Réalisation : Ronan Dénécé, Augustin Legrand, Jean-Baptiste Legrand
  • Scénario : Ronan Dénécé, Augustin Legrand, Jean-Baptiste Legrand
  • Image : Ronan Dénécé
  • Son : Philippe Grivel
  • Montage : Anita Roth
  • Producteur(s) : Jean-Baptiste Legrand
  • Production : Centrale Électrique
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 22 octobre 2008
  • Durée : 1h17

Enfants de Don Quichotte (acte 1)

de Ronan Dénécé, Augustin Legrand, Jean-Baptiste Legrand

Paris : « le Musée de la Misère »


Paris : « le Musée de la Misère »

Il va falloir faire un effort. Il va falloir « se motiver » pour aller voir en salle le film « porte-voix » du mouvement des Enfants de Don Quichotte, car nous dit-on, en ces temps de crise le spectateur français recherche au cinéma une légèreté de ton qui induira son divertissement. Ronan Dénécé, Augustin Legrand (fondateur de l’association) et Jean-Baptiste Legrand (président de l’association) réalisent un documentaire « journal de bord » qui n’a d’accointance avec la comédie populaire que le « populaire ». Et même si quotidiennement, au détour d’une station de métro ou dans un jardin public nous voyons des sans-abris, Enfants de Don Quichotte (acte 1) impose de les regarder durant 1h17.

« Aux bords d’un canal parisien, dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait il n’y a pas si longtemps, des SDF, de ceux qui ont tentes Quechua, banderoles siglées, bougies chauffe-plat et manteaux chauds…» Ainsi commence l’histoire de ces Don Quichotte des temps modernes, déterminés à déconditionner un système qui tolère que des personnes n’aient pas de toit, en revendiquant de faire du droit au logement une priorité politique et en invitant les français bien logés à dormir dehors par solidarité.

Le film est la lecture de cet « happening » : une caméra de l’intérieur décrit la mise en place des tentes au bord du canal Saint-Martin. Le montage enchaîne les séquences dans un ordre chronologique, sans effet, à coups de coupes franches et images brutes. Au plus près des faits, l’expérience du spectateur devient une immersion dans le dispositif quasi « militaire » du mouvement Don Quichotte. Figure emblématique de l’association et protagoniste du film, le charismatique (et médiatique) Augustin Legrand, comédien de métier, incarne l’énergie nécessaire à la lutte avec une belle humanité contrastée, assumant ses limites (dérapages, contradictions, émotions). Et le film aussi d’accepter les siennes : il n’a pas l’apanage d’une œuvre du 7ème Art, il est la simple démonstration d’un cinéma qui tient lieu d’outil de communication en tant qu’expérience sensible.

C’est « un film pour mobiliser » annoncent les réalisateurs, un nouveau souffle encourageant à la poursuite du combat. En effet, les justiciers n’ont pas obtenu satisfaction : deux ans après le buzz Don Quichotte, le plan Borloo n’a pas tenu ses promesses et la situation reste catastrophique malgré le vote de la loi du droit au logement opposable en mai 2008. Le film, parce qu’il montre les différents assauts contre les moulins à vent politique est aussi une réponse à l’utilisation des images par les médias, qui ont souvent détourné le sens du campement au canal Saint-Martin et manqué à leur devoir d’information. Enfants de Don Quichotte bouleverse les lois sociétales comme celle de la chaîne cinématographique : le documentaire diffusé en partie sur Internet est produit par les « mécènes » Mathieu Kassovitz et Agnès b. qui envisagent de réserver les bénéfices au financement du deuxième opus : Enfants de Don Quichotte (acte 2).

Qu’on reproche à ce film de n’être rien d’autre (et c’est déjà pas mal) qu’un film militant, ne remet pas pour autant en cause sa légitimité, n’en déplaise aux « puristes » du 7ème Art. Car qu’on se le dise, la salle de cinéma n’a jamais été un temple réservé aux films d’Art ou d’Auteurs. Il existe bien une place (et pas des moindre) aux films de divertissements alors Enfants de Don Quichotte joue des coudes pour se faire la sienne : sa force est justement d’être à l’affiche en face des Chimpanzés de l’espace.

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