Erik Nietzsche, mes années de jeunesse

Erik Nietzsche, mes années de jeunesse

de Jacob Thuesen

  • Erik Nietzsche, mes années de jeunesse
  • (De Unge År: Erik Nietzsche Sagaen Del 1)

  • Danemark, Suède, Autriche, Italie2007
  • Réalisation : Jacob Thuesen
  • Scénario : Lars Von Trier
  • Image : Sebastian Blenkov
  • Montage : Per K. Kirkegaard
  • Musique : Vincent D'Hondt
  • Producteur(s) : Sisse Graum Jørgensen, Marie Cecilie Gade
  • Production : Zentropa Entertainments
  • Interprétation : Jonathan Spang (Erik Nietzsche), David Dencik (Zelko), Therese Damsgaard (Karin), Mille Hoffmeyer Lehfeldt (Margarethe), Søren Pilmark (Mads), Troels Lyby (Bent Lyngaard), Søren Malling (Hans Jorgen), Dejan Cukic (Selkoff), Nikolaj Coster-Waldau (Sammy)...
  • Date de sortie : 7 janvier 2009
  • Durée : 1h32

Erik Nietzsche, mes années de jeunesse

de Jacob Thuesen

Histoire de la misanthropie


Histoire de la misanthropie

Si naît en vous un désir profond d’intégrer une école de cinéma, suivez les traces d’Erik Nietzsche, avatar de Lars Von Trier, jeune garçon naïf qui va se mêler à une société cinéphile (malgré quelques doutes) corrompue dont il faudra bien se sortir vivant.

Bien plus connu en tant que monteur, Jacob Thuesen l’est beaucoup moins quand il endosse le rôle de réalisateur. Et à regarder Erik Nietzsche, cette ignorance semble justifiée. Loin de vouloir jouer les mauvaises langues en ce début d’année, force est de constater que ce réalisateur danois n’honore pas vraiment son pays, qui pourtant regorge de créateurs révolutionnaires, morts ou vivants, et dont il pourrait tirer des leçons. D’ailleurs, hormis l’amitié qui les lie, pourquoi Lars Von Trier, cet amoureux de Tarkosvki et d’Orson Welles, a‑t-il décidé de donner sa voix et sa plume à cette pauvre histoire sans goût, arborant des clichés de mise en scène venus se mêler à des rebondissements absurdes, ridicules et, pire, scatophiles ? Une partie de la réponse se trouve dans le dossier de presse : sûrement parce qu’il a été cet Erik Nietzsche. Rassurant… ou pas.

L’histoire est tirée d’une autobiographie d’un jeune homme désireux de devenir un cinéaste digne de ce nom, heureux chanceux d’une erreur qui le conduit à intégrer la meilleure école artistique danoise dans les années 1970. Son parcours et ses rencontres atypiques déconcertent et laissent une image de ce monde cinéphile bien amère, mais juste, bien que le grotesque absorbe parfois la dérision des propos. Si l’image de ses professeurs accrocs davantage à la nicotine qu’à la pellicule révolte, leurs désirs de conformisme et leur prétendu savoir épuisent. De plus, la créativité des élèves semble étouffer celle du réalisateur également, puisque inexistante (enfin, presque). Entre images lisses et couleurs chaudes, frappe l’impression d’être dans un film coconnesque entrecoupé d’images assez provocantes pour souligner un semblant d’anticonformisme. Sauf qu’à part les problèmes diarrhéiques du personnage, l’originalité ne pointe guère le bout de son nez dans ce film.

Et si le héros pense pourvoir réaliser un bon film en ne s’intéressant qu’aux plantes et à la vie sexuelle du marquis de Sade, force est de constater que l’étroitesse de son imaginaire est malheureusement comparable à celle de son génie. Quant à la conclusion morbide, à savoir la façon dont l’ingénu Erik Nietzsche devient misanthrope et aussi pervers que n’importe quel être humain, autant dire qu’il n’en fallait pas plus pour soupirer nos complaintes et commencer une lente dépression. Reste, pour sauver la mise, ce bel espoir de tout aspirant réalisateur : les premiers pas de Lars Von Trier, ses premiers films, parsemés par-ci par-là, au gré des envies. Ces réminiscences soulignent l’évolution de l’artiste qui, une fois rassemblées, forment un véritable trésor.

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