Sword of the Stranger

Sword of the Stranger

de Masahiro Andô

  • Sword of the Stranger
  • (Stranger: Mukôhadan)

  • Japon2007
  • Réalisation : Masahiro Andô
  • Scénario : Fumihiko Takayama
  • Image : Yohei Miyahara
  • Musique : Naoki Sato
  • Production : Masahiko Minami
  • Interprétation : Tomoya Nagase (Nanashi), Yûki Chinen (Kotarou)...
  • Direction de l'animation : Yoshiyuki Itô
    Direction artistique : Atsushi Morikawa
  • Date de sortie : 27 mai 2009
  • Durée : 1h42

Sword of the Stranger

de Masahiro Andô

Il était une fois dans l'Est


Il était une fois dans l'Est

Il aura fallu deux ans pour que le très attendu Sword of the Stranger arrive dans nos contrées, précédé par une très élogieuse réputation dans la communauté des amateurs d’anime – une réputation loin d’être usurpée au vu du film. Première production pensée exclusivement pour le cinéma d’un des plus grands studios d’anime télévisuels, le film ressemble fort à un coup de maître formel – même si le travail d’écriture reste bancal.

Dans le Japon médiéval, un rônin (samouraï sans maître) prend sous son aile un petit garçon, Kotarou, et son chien. Le petit garçon est poursuivi par une troupe mystérieuse venue de Chine, une troupe comptant dans ses rangs nombre de guerriers méritants. Si la raison véritable de cette poursuite reste nébuleuse, la prouesse martiale du rônin attire bientôt l’attention de Rarou, le plus terrible combattant de la troupe chinoise, désirant dès lors plus que tout se mesurer au rônin.

Le studio Bones est bien connu des amateurs d’animation télévisuelle japonaise, avec notamment à son actif les excellentes séries Rah-Xephon et Darker Than Black – deux séries qui se hissent sans coup férir au plus haut de la création télévisuelle récente, animation et télévision traditionnelle confondues – la série fleuve Full Metal Alchemist ou le film Cowboy Bebop – Knockin’ on Heaven’s Door. Caractérisées à la fois par une qualité graphique irréprochable et une attention certaine portée à la cohérence et à la qualité de ses scripts, les productions Bones s’étaient, jusqu’à Sword of the Stranger, cantonnée à l’exploitation télévisuelle. Cela implique un certain type de discours : pour les séries comme pour les films dérivés (tels que Cowboy Bebop, tiré d’une série), le développement des scénarios se fait au fil du temps des traditionnels 26 épisodes − un luxe dont ne bénéficie pas Sword of the Stranger.

Pour les habitués, il est donc flagrant que le film ressemble, malgré tout, à un film dérivé de série, avec un développement des personnages plutôt elliptique, un manque auquel on suppose que quelques heures de série aurait pallié. Si cela est parfois gênant – notamment concernant le mystérieux personnage du « barbare » Rarou –, il convient cependant de noter que dans l’ensemble, l’équipe de Sword of the Stranger parvient non seulement à s’en tirer avec les honneurs, focalisant son récit sur ses aspects purement épiques, mais également à jouer de ce manque de temps narratif, ce qui constitue l’une des plus grandes qualités du film. Ainsi, avec seulement 1h42, le film privilégie l’efficacité, dessinant un Japon féodal brutal, sans concession, avec en toile de fond un désespoir, une omniprésence de la mort qu’on ne peut pas ne pas rattacher aux références avouées de Sword of the Stranger : les chambarra traditionnels (le lyrisme brutal et poétique des Baby Cart de Kenji Misumi en tout premier lieu) ainsi que le western spaghetti (le ronin, l’homme sans nom – traduction littérale de « Nanashi », a plus d’un trait commun avec L’Homme des hautes plaines d’Eastwood).

Contenant quelques ratages visuels liés à l’utilisation de l’animation informatique, Sword of the Stranger tire cependant le meilleur parti de la rapidité potentielle de sa mise en scène, pour une série de scènes d’une brutalité lyrique redoutable – à comparer avec le paradoxalement très sage Ken 1, l’ère de Raoh, pourtant attendu comme extrêmement barbare. Virevoltante, la caméra colle au plus près aux scènes de combat, les corps disparaissent dans des gerbes de sang outrancières, les personnages pressentis comme importants tombent en quelques secondes : caractéristique centrale du chambarra, les combats mettent en scène des guerriers totalement hyperboliques, dans des joutes quant à elles parfaitement crédibles et létales. Jouissif et désespéré comme seuls ont su l’être les deux faces de la pièce du western des années 1970, Sword of the Stranger est donc, mieux qu’un hommage à Misumi et Leone, un grand film de cinéma lyrique, barbare, bien au-dessus de ce qu’on l’on aurait pu attendre. Regrettons simplement que l’équipe ne se soit pas aussi bien tirée des ornières de ses scènes moins épiques, qui plombent tristement Sword of the Stranger.

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